samedi 24 septembre 2005

Débat autour de L'Europe bloguée

Depuis quelques jours, plusieurs blogs font un sort à une tribune libre intitulée l’Europe bloguée, parue dans le Libération du 20 septembre et signée de Philippe Jeanne, responsable de la filière change Natexis Banques populaires (ce dont, au passage, on se fiche pas mal).
Ce papier, qui n’est pas des mieux écrits et part dans tous les sens, semble être un plaidoyer pour un pragmatisme à la Tony Blair.
Il parle aussi des blogs. Extrait :

" La mode est aux blogs, aux forums, qui permettent à chacun d'exprimer son avis et de piocher ce qui lui plaît dans les étalages d'opinion qui lui sont offerts. Une vraie mode en effet, qui frappe tous les secteurs, de la politique à l'économie, du social à l'humanitaire, de la science aux arts, et assouvit une aspiration à plus de liberté en offrant des choix nouveaux. Mais aussi en laissant croire que tout est possible, que l'on peut prendre ici ou là un article ou deux dont on se sent proche, d'une idéologie ou d'une théorie économique, en laissant les autres qui nous correspondent moins. Chacun se forge une croyance, puise ses sources à droite ou à gauche sans se soucier de la cohérence d'ensemble, encore moins du dogme qui la sous-tend. Le global ne paie plus, et l'on voit l'adhésion politique s'effriter, quand le détail prend le pas sur le général. Plus l'opinion individuelle est tranchée, plus elle a de mal à s'identifier à un courant, à un parti. Ce morcellement de l'opinion rend les sondages plus incertains, les indicateurs statistiques moins valides, qui ne reflètent qu'une moyenne sans mesurer les écarts qui s'amplifient par rapport à elle".

Ces quelques lignes ont énervé pas mal de blogueurs (voir par exemple le passionnant débat sur Publius ICI, en particulier la contribution d’Eric Lauriac du 22 septembre, ou encore cet intéressant billet sur le blog Versac.

En dépit du caractère confus de son propos, il me semble que Philippe Jeanne soulève deux questions importantes :

- les blogs, et plus généralement l’internet, ne favorisent-ils pas une pensée à la fois syncrétique (en ce qu’ils favorisent la combinaison d’éléments hétéroclites) et centrifuge (de par les liens hyper-texte qu’ils offrent, qui sans cesse éloignent la réflexion de son objet initial) ?

- n’assiste-t-on pas à une consumérisation de la politique? Sous l’influence du néo-libéralisme et du nouveau management public, l’Etat n’est plus conçu comme une autorité supérieure dont le fonctionnement est commandé par une logique de l’intérêt général construite dans l’espace public, mais comme une agence de prestations qui sert des intérêts particuliers se formant dans la sphère privée. D’où une tendance, dans les conversations politiques, à une exacerbation des opinions individuelles qui rend plus difficile la construction d’une raison collective.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Intéressantes réflexions.
- Syncrétique, oui, à mon avis. Et c'es td'ailleurs un des éléments forts de la valeur des débats via blogs, leur diversité, et la richesse de l'ajout des différents points de vue, qui permettent un enrichissement, vs l'univocité des media plus classiques de diffusion d'idées.
- Centrifuge, je ne sais pas. J'ai du mal à saisir l'idée.

Sur la "consumérisation", je ne relie celà en aucun cas aux blogs (même plutôt le contraire), mais bien à la logique de la démocratie providentielle (comme en parle très bien D. Schnapper) : l'Etat donne, et le citoyen, pourt obtenir de lui, se concentre autour d'identités particulières (d'aucuns diraient communautaires) pour créer des points de pression et des focalisations sur des problèmes de groupes.
Les blogs, en revanche, sont également le moyen de réinvestir les citoyens dans une vision moins consumériste, en se tourneant dans la mobilisation et l'action, autour de la création de réseaux d'influence (pas forcément autour d'intérêts particuliers).

Merci de la mention. Il faut que je vous rajoute à mon blogroll depuis longtemps, je vais le faire de ce pas.

versac a dit…

Le commentaire précédent était de versac (vous devriez utriliser haloscan pour les commentaires, blogger est très énervant).

Th. a dit…

Merci pour le commentaire.
Centrifuge: je voulais dire que l'internet, par le jeu des liens, tend à éloigner du sujet dont on part. Parfois, c'est une source d'enrichissement, mais plus souvent cela divertit la réflexion. Ceci dit, il y a aussi sur l'internet des lieux centripèdes (qui rassemblent la réflexion - par ex Wikipaedia).
- Bien d'accord au sujet de Blogger: s'il n'y avait que les commentaires qui n'étaient pas commodes! Par ex; j'aimerais bien faire une indexation thématique de mes pots , mais cela est pas facile sur Blogger.

Th. a dit…

Ah et sur la consumérisation de la politique. Dans la recommandation du Conseil de l'Europe sur le vote électronique, je lis ceci: le vote électronique permet "d'offrir aux électeurs un meilleur service (...) - page 7. Les élections assimilées à un service, pas mal non?

versac a dit…

Sur les élections assimilées à un service, oui, pas mal. Je ne vois pas le processus électif d'un point de vue "moral", et ce qui peut rendre plus simple, facile, efficace l'accès au vote est bienvenu, pourvu qu'aucune détérioration des exigences ne soient présentes. Ceci-dit, il y a parfois un excès de jargon service-oriented dans les publications de ces conseils et autres outils de coordination. C'est un peu leur étalon de mesure permanent, le seul compréhensible par tous les Etats.

Sur le coté centrifuge, une étude assez récente sur l'impact de l'e-mail sur la capacité de réflexion indiquait ce genre de pistes : la lecture de petites brèves, de réponses du tac au tac, d'échanges instantanés nous sortirait de la logique d'une attention constante, travaillée, approfondie. Pour ma part, je pense qu'internet augmente par ailleurs potentiellement le nombre de personnes entrant en interactions sur un sujet, et que, ce que l'on ped en concentration de quelques-uns sur un sujet, on le gagne en variété et démocratisation.
Et puis je n'ai pas encore vu internet vraiment détériorer la qualité du travail universitaire, par exemple, plutôt lui apporter de nouvelles richesses, et contribuer à le rendre accessible au tout venant (comme moi).

versac