Depuis jeudi 4 septembre, nombre de journalistes, de responsables politiques et d’experts médiatiques sont confrontés à la question quasi-inverse: comment ne pas parler d'un livre qu'on a lu?
Voici quelques-unes des justifications que les uns ou les autres pourraient avancer:
- Éthique: ce livre ne concerne pas le débat public (l'intime relève de l'intimité);
- Pragmatique: nous avons des problèmes autrement plus importants à traiter (entre le chômage et les peines de cœur de VT, il n'y a pas photo);
- Politique: ce livre affaiblit la fonction présidentielle au moment où nous avons besoin d'un leadership fort;
- Politologique: ce livre accentue la décrédibilisation du politique (et l'on sait où mène le discours "tous pourris);
- Désabusé: ce livre n'est même pas informatif: il n'apporte aucune information inédite sur le fonctionnement des pouvoirs publics, et aucun secret d’État;
- Moraliste: la vengeance est un plat qui se mange froid, et non pas tiède (...deux ans trop tôt)
- Déontologique: le journalisme, même s'il est embedded, doit s’arrêter à la porte de la chambre à coucher.
- Cynique: on n'arrive déjà pas à rendre compte de tous les ouvrages que nous recevons gratuitement en service de presse (croyez-vous qu'on va parler de celui-là qu'on doit acheter?).
Le bon citoyen doit se désinformer
Voilà une proposition intéressante, à contre-courant de la conception traditionnelle de la bonne citoyenneté qui, elle, demande à chacun de s'informer constamment et pleinement afin d'aboutir à des évaluations ou des décisions rationnelles. Renaud Dély suggère que nous sommes exposés à des informations qui ne sont pas utiles d'un point de vue démocratique, sans pouvoir cependant les éviter (on imagine que cela est lié à l'omnipotence du système médiatique, à notre fréquentation assidue de réseaux sociaux en ligne, mais aussi peut-être à nos instincts voyeurs). Contaminés malgré nous, il nous appartiendrait de nous en débarrasser.






















