mardi 27 septembre 2005

Comme un nom d'ouragan

En ce moment, les petites Katrina et Rita ont bien du chagrin car leurs copines se moquent d’elles et n’arrêtent pas de les traiter d’ouragans. Comme le note avec amusement Phersu sur son blog, cela ne serait pas arrivé si leurs parents avaient consulté la liste des noms donnés, plusieurs années à l’avance, aux cyclones par le National Hurricane Center de Miami: ainsi, si vous attendez un bébé pour 2006, mieux vaut éviter de l’appeler Alberto ou Michael si c’est un garçon, Florence ou Hélène si c’est une fille (depuis 1979, et sans qu’on sache très bien si c’est une victoire des féministes ou des machistes, les cyclones ont en alternance des noms de filles ou de gars alors qu’ils étaient uniquement féminins auparavant).


Alberto, le cyclone

Le choix des prénoms ne suit pas seulement des modes, il révèle également l’origine sociale ou ethnique, ou encore la religion que l’on pratique. Ainsi, à New-York, un petit garçon qui s’appelle Michael sera sûrement blanc, hispanique s’il s’appelle Justin, noir s’il s’appelle Joshua et asiatique s’il s’appelle Jason (d’après les recensements du NYC Dept of Health de 2004.
En France, Philippe Besnard, qui était directeur de recherche au CNRS et fut directeur de l’ Observatoire sociologique du changement à Sciences-po de 1996 à 2001, a mené de passionnants travaux sociologiques sur le choix des prénoms. Il a ainsi montré que, jusqu’au début des années 1970, les différences sociales se traduisaient par des décalages temporels dans le choix des prénoms: la haute bourgeoisie et l’aristocratie lançaient de nouveaux prénoms qui, ensuite, se diffusaient dans le reste de la société.
Depuis les années 1980, cette diffusion verticale a quasiment disparu et l’on observe une véritable polarisation sociale des préférences : il y a des prénoms bourgeois et des prénoms populaires. Au cours des dernières décennies, les milieux populaires ont fait preuve d’une plus grande innovation dans le choix des prénoms (notamment en important des prénoms américains, probablement sous l’influence des séries télévisées) alors qu’au début du siècle les prénoms étrangers étaient surtout adoptés par les classes sociales aisées. Par contraste (et sans doute réaction), les milieux bourgeois tendent à se réfugier dans la tradition en réhabilitant de vieux prénoms français.


Pour aller plus loin :
Besnard, Philippe, “Pour une étude empirique du phénomène de mode dans la consommation des biens symboliques : le cas des prénoms”, Archives europeénnes de sociologie, 1979, vol.20 p. 343-351.
A partir de 1986, Phillipe Besnard a, avec son collègue Guy Desplanques, publié un inventaire annuel des prénoms les plus adoptés La Côte des prénoms (repris, depuis son décès en 2003, par sa fille Joséphine - et non Josette comme je l'ai écrit d'abord, obnubilé par mon précédent billet - Besnard). Un des rares exemples d’application pratique et grand-public des sciences sociales.

3 commentaires:

Directeur Honoraire a dit…

"Josette" Besnard ?? Vous voulez sans doute parler de Joséphine Besnard ! L'auteur de "La Cote des prénoms" aurait difficilement pu donner le nom d'une de ses copines de classe à sa fille...
D'autres études :
http://cemapi.free.fr/bulletin3-1.pdf

Th. a dit…

En effet! C'est corrigé. Merci d'avoir repéré cette erreur.

JB a dit…

Merci. Déjà que mon prénom est "excentrique" pour mon âge...ce dont je suis ravie du reste.
Cela dit, mon père était trop jeune pour côtoyer des Josette (prénom féminin très en vogue dans les années 1930) sur les bancs de l'école ;-)