jeudi 1 septembre 2005

Blogs de catastrophes

Désormais dès qu'un événement tragique (catastrophe naturelle, attentat, etc.) survient, des centaines de blogs apparaissent autour de cet événement(*). On l'a vu lors des tsunamis, puis des explosions dans le métro de Londres; on le voit aujourd'hui avec le cyclone Katrina.


Neworleansrefugees.blogspot.com

Si l'on y regarde de plus près, on peut distinguer trois types d'utilisation des blogs en pareil cas:
- Les blogs peuvent servir de boites à lettres publiques qui permettent, dans une situation de désorganisation des communications, de lancer des appels à l'aide, des avis de recherche, ou de rassurer parents et amis.
- Les blogs forment également également une sorte de journal collectif de la tragédie où chacun peut exprimer ses angoisses, dire sa tristesse ou lancer des coups de gueule.
- Il y a enfin les blogs des apprentis reporters qui, armés de caméras numériques ou tout simplement de leur téléphone portable, rendent compte de ce qui se passe, enregistrent les témoignages ou commentent. Du coup, les grands médias (main stream medias comme disent les blogueurs) sont obligés d'en tenir compte. Par exemple, CNN a ouvert une rubrique Citizen Journalist, présentant les nouvelles racontées par les gens et même une galerie des photos que les gens ont prises.

(*) Du moins quand ces événements surviennent dans la partie occidentale de la planète. Le phénomène des blogs de catastrophes reste pour l'instant très occidental.

Every catastrophe or disaster now generates thousand of blogs. These can be broken down into three main genres:
  • blogs may serve as public mail-boxes which allow communications between individuals;
  • they also form a sort of collective diary for the public expression of emotions;
  • other blogs are akin to traditional media as they are aimed at providing fresh information, including pictures of events, updates and comments.

Quelques liens :

Une recension par Technorati des blogs autour de Katrina.

Le dossier de Libération "Quand M. Tout-le-monde s'improvise reporter", paru dans l'édition du 20-21/08/2005.

Mon billet du 2 janvier 2005 sur ce blog: Nous sommes tous des journalistes.

mardi 30 août 2005

Universités d'été et pseudo-événements

En ce moment c'est la période des universités d'été des partis politiques (qui, en France, sont apparues il y a une vingtaine d'années).
Mais à quoi servent ces universités d'été?



Daniel Boorstin (1914-2004)

En 1961, un historien et conservateur à la Librairie du Congrès, Daniel Boorstin, publie un ouvrage intitulé: The Image: A guide to Pseudo-Events in America.
Boorstin définit les pseudos-événements, comme des événements planifiés et organisés dans le but principal d'être couverts par les médias. La substance du pseudo-événement importe moins que sa valeur médiatique (la"newsworthiness" dont j'ai déjà parlé dans ce blog). Un pseudo-événement fonctionne souvent comme une prophétie auto-réalisatrice (self-fulfilling prophecy): le fait de l'annoncer suffit à le faire exister.
Selon Boorstin, si les pseudo-événements attirent tant les journalistes, c'est qu'ils sont en général:
- écrits comme une pièce dramatique,
- avec des rôles répartis entre des personnages intéressants,
- générateurs d'images symboliques,
- et conçus pour rassurer ("Even if we cannot discuss intelligently the qualifications of the candidates or the complicated issues, we can at least judge the effectiveness of a television performance. How comforting to have some political matter we can grasp" ecrit Boorstin).

Addendum du 12/09: Selon Le Canard enchaîné du 7 septembre 2005, l'université d'été de l'UMP aurait coûté 1,6 million d'euros, celle du PS 250 000 euros et celle de l'UDF 200 000 euros.

Lire le premier chapitre de The Image: A guide to Pseudo-Events in America

In France, many political parties are currently having what they call their summer school.
These can been seen as pseudo-events as defined by Daniel Boorstin in his 1961 book. Peuso-events are events which
- are not spontaneous, but come about because someone has planned or incited them,
- are planted primarily (not always exclusively) for the immediate purpose of being reported or reproduced. Therefore, their occurrence is arranged for the convenience of the reporting or reproducing media.
Pseudo-events success is measured by how widely they are reported. The question, "Are they real?" is less important than, "Are they newsworthy?"
According to Boorstin, if pseudo-events are attractive, it is because they are scripted and dramatic, include a cast of interesting characters, produce iconic images and are designed to be re-assuring: "Even if we cannot discuss intelligently the qualifications of the candidates or the complicated issues, we can at least judge the effectiveness of a television performance. How comforting to have some political matter we can grasp!"

dimanche 28 août 2005

Observés/ Watched

Le Forum des images organisera du 13 septembre au 20 octobre prochains un cycle de films intitulé "Observés".
Ce cycle regroupera des films, documentaires et fictions, sur les thèmes de la vidéosurveillance, l'omniprésence des médias, le voyeurisme, la télé réalité, les libertés individuelles face aux nouvelles technologies de l'identification et de l'information ainsi que le contrôle des sociétés.
Des débats et des conférences avec des réalisateurs, des écrivains et des spécialistes complèteront ce programme. L'écrivain Alain Damasio notamment, fera une conférence illustrée d'extraits de films autour de la société de contrôle avant la projection de Minority Report de Steven Spielberg, le jeudi 15 septembre à 19h.

Un Festival des films de poche (superbe néologisme !) aura également lieu au Forum du 7 au 9 octobre. Pour en savoir plus et, éventuellement, vous inscrire (avant le 15 septembre),cliquez ICI.

Festival des films de poche

Le Forum des Images est une institution parisienne dédiée à l'image et au cinéma, subventionnée par la Mairie de Paris, et située dans le Forum des Halles. Il organise régulièrement des festivals thématiques et propose des visionnages de films à la carte à partir d'une collection de 6 500 films, documentaires et émissions de télé, dont la plupart a un rapport, même ténu, avec Paris.
(En raison des travaux de numérisation et de rénovation du Forum des images, la salle de consultation est fermée au public. En attendant sa réouverture, la collection du Forum sera en partie disponible au Pavillon de l'Arsenal à partir de novembre 2005, en accès libre).

vendredi 26 août 2005

Les médias et les crashes aériens

Pourquoi le crash du MD 82 de la West Caribbean au Venezuela le 16 août 2005 a-t-il été nettement plus couvert par les médias français que celui du Boeing 737 de la compagnie Helios en Grèce le 14 août, pourtant tout aussi dramatique?
Pourquoi en 2004, les médias français n’ont-ils pratiquement pas rendu compte des 27 accidents d’avions civils survenus au cours de l’année et qui ont causé au total 410 morts (source Organisation de l’aviation civile internationale), à l’exception du crash du Boeing de Flash Airlines en Egypte ? Pourquoi des événements en apparence très similaires ne sont pas traités de la même manière par les médias ? Et plus généralement, qu’est-ce qui fait que parmi les millions d’événements qui surviennent chaque jour, certains - et pas d’autres - retiennent davantage l’attention des médias ?



Les nouvelles sont des construits sociaux

Tout un courant de la sociologie des médias s’est intéressé à cette question, notamment en s’efforçant de comprendre ce qui rend une information intéressante pour les médias, ce que les anglo-saxons appellent la newsworthiness. Ainsi, en 1965, Galtung et Ruge ont identifié pas moins de 12 paramètres en fonction desquels un événement sera plus ou moins pris en compte par les médias. Par exemple, un événement bref, facile à appréhender, ayant des conséquences négatives sur un grand nombre de personnes proches de nous aurait plus de chance d’être couvert par les médias qu’un événement long, de faible amplitude et dissonant par rapport à nos schémas culturels. Autrement dit, nous nous intéressons davantage aux malheurs de nos compatriotes qu’à ceux des populations lointaines (voir mon billet Proche des yeux, proche des coeurs? de janvier dernier).
Ce type d’approche, qu’on pourrait qualifier d’ontologique, souffre toutefois de deux défauts. Sa portée opératoire est faible dans la mesure où les critères retenus peuvent se combiner (et donc se renforcer ou se neutraliser) de milliers de façons. De plus, et surtout, les médias ne sélectionnent pas les événements dont ils rendent compte en fonction de leurs seules caractéristiques intrinsèques. Les nouvelles sont des construits sociaux, travaillés par les médias et les acteurs politiques. On l’a bien vu dans l’extraordinaire théâtralisation du deuil des familles martiniquaises.

Quant à la « loi des séries », dont nous taraudent les médias depuis une semaine, elle n’a aucun fondement scientifique. Elle procède plutôt d’un effet d’optique, lié à un processus psychologique, connu sous le nom d’amorçage (priming) et dont j’ai déjà parlé dans un précédent post.
A partir du moment où notre attention a été attirée sur quelque chose, ce quelque chose va souvent orienter notre vision de la réalité et les jugements que nous sommes amenés à effectuer par la suite. Ainsi, dès lors qu’un premier accident d’avion est survenu à Toronto, les journalistes ont commencé à prêter une plus grande attention à ce type d’informations, notamment en triant les dizaines de dépêches d’agences qu’ils reçoivent quotidiennement. De la même façon, il est fréquent, lorsqu’un crime particulièrement horrible a fait la une des journaux, que d’autres crimes soient signalés dans les semaines suivantes par les médias. Ce qui signifie pas que tout à coup la criminalité a augmenté, mais seulement que les médias prêtent (temporairement) davantage attention à ce type d’événements. Et s’il y a série, ce n’est pas la réalité qui la produit, mais les médias qui la construisent.

samedi 20 août 2005

Blogs parisiens

Ils habitent près de chez vous, ils bloguent et vous ne le saviez pas. Grâce à l'astucieuse idée de Paname Ensemble (apparemment une sorte de city magazine en blog), on peut visualiser combien de blogueurs habitent près de chaque station de métro et jeter un coup d'oeil sur leur blog.
Petit bémol: Seuls les blogs inscrits par leurs auteurs sont répertoriés. Et pour s'inscrire, il faut donner une adresse e-mail dont j'ignore comment elle sera utilisée (aucune indication n'est donnée à ce sujet par Paname Ensemble). Gmail, le service mail de Google considère les envois de Paname Ensemble comme des spams.

Deuxième bémol (addendum du 29 septembre): Ce site semble avant tout être un support publicitaire si j'en juge d'une part par le nombre d'annonces commerciales qu'il comporte, et d'aute pat par les encarts qu'achète le site sur d'autres sites.


Carte des stations de métro des blogueurs parisiens

Dans un autre genre, on peut visiter Paris Neuvième, un bon petit blog de quartier.

jeudi 18 août 2005

Summer game: where did I go?

Où ai-je passé mes vacances?
Quelques indices sous forme de photos (attention: y a un piège).
Si vous trouvez, vous gagnez un petit jeanot à l'anis (là, c'est hyper-facile!).


jeudi 11 août 2005

Summer reading: Frida Kahlo

Le journal intime de Frida Kahlo a été publié en 1995 par les Editions du chêne. Frida y dit ses souffrances, son amour pour Diego Rivera, l’un des plus grand peintres muraux mexicains (mais aussi un drôle de bonhomme qui fut zapatiste et finit stalinien). Ce journal, mêlant douceur et lucidité amère, est émouvant. C’est aussi un beau livre qui offre 70 reproductions (principalement des aquarelles) de ces auto-portraits que Frida Kahlo, de manière obsessionnelle et parfois cruelle, n’a cessé de faire.


Frida by Nickolas Muray (1938) - Couverture du Journal de Frida
"I never painted dreams. I painted my own reality".

Pour en savoir plus sur Frida Kahlo:
- Un hommage flamboyant et incisif sur un site perso derives.free.fr:« Femme qui parle la souffrance, la beauté, la laideur, la mort, la construction, la déconstruction, la fidélité, l'infidélité, femme accomplie dans une peinture passion, femme de la Révolution, femme du Mexique, femme cyborg, femme flamme, femme icône ».
- Si vous êtes de passage à Londres, ne manquez pas (Frida Kahlo la très belle exposition sur Frida Kahlo à la Tate Gallery, un exemple de ce qu’une muséologie intelligente permet de produire.
- Un
site italien consacré à Frida Kahlo, très complet.

Frida Kahlo, a Mexican painter (1907-1954), was a singular character. Her life was driven by passion and sensuality, but also physical suffering (she contracted polio at the age of five and was later severely injured in an accident – throughout her life she had dozens of surgical operations and she painted many of her works laying in bed). An early feminist, Frida was in constant rebellion against social and moral norms of her time. She had many lovers, men and women, including Leon Trotsky and André Breton’s wife (nevertheless, Breton was a great fan of her and she was one of muse of the surrealist movement). But her great love was Diego Rivera, one of the most famous Mexican painters of the 20th century, especially known for his mural works, whom she married twice. Proud of her "Mexicanidad" and cultural traditions, she also fought against the rampant Americanization of her country.

Et aussi (pour lire sur la plage/a reading for the beach):
Cher Diego, Quiela t’embrasse par
Elena Poniatowska. (Essayez de vous procurer l'édition de 1984, bien plus jolie que les rééditions ultérieures)
Diego Rivera vient à Paris avant la Grande Guerre, où il rencontre Angelina Beloff, russe et peintre elle aussi. Ils vivent ensemble pendant dix ans. Puis Diego Rivera retourne au Mexique où Angelina Beloff devait le rejoindre, mais il ne donne plus signe de vie. Elena Poniatowska, écrivain mexicaine comme son nom ne l’indique pas, a imaginé les lettres qu’Angelina écrivait à Diego et auxquelles celui-ci ne répondait pas. Un petit bijou de texte, d'une beauté déchirante.

jeudi 4 août 2005

Jeu d'été /Summer game

Essayez de dire à haute voix la couleur de chaque mot (et non le mot écrit):
Try to say the color of each word (not the written word):

JAUNE BLEU ORANGE
NOIR ROUGE VERT
VIOLET JAUNE ROUGE


Pas facile, hein? C'est, paraît-il, parce que notre cerveau a deux parties qui se chamaillent sans arrêt: la partie droite essaie de dire la couleur alors que la partie gauche insiste pour lire le mot.
Not so easy, right? This is because the left part of our brain attempts to say the colour while the right part insists on reading the word.

lundi 25 juillet 2005

Not really Summer songs

Back in the seventies, when I was a teenager, I liked progressive rock. What is progressive rock? Well, you know this kind of music made of very long and grandiose compositions, mixing jazz fusion and classical music. There was a lot of musicianship in progressive rock. It could be very boring, too. But it was our music and we hated Disco.
Actually, progressive rock is a label which encompasses many different styles. My favorite bands were those of the so-called Canterbury scene, first of all Soft Machine and Robert Wyatt, an unknown genius (full discography HERE), who quitted Soft Machine to form Matching Mole (got it?), a very innovative band which subtly blended electronic music, jazz improvisations and delicate melodies in ethereal pieces. There was also Caravan which had several gigs in the small city where I used to live down the South of France, and even devoted a song to a local restaurant called L’auberge des sangliers.


The second and last record by MM, 1972.

God Song lyrics (Wyatt, Miller)
What on earth
are you doing God?
Is this
some sort of joke you're playing?
Is it 'cause we didn't pray?
Well I can't see the point of the words
without the action.
Are you just hot air,
breathing
over us,
and overall,
is it fun
watching us all? Where's your son?
We want him again.
And next time you
send your boy down here,
give him
a wife and a sexy daughter,
someone we can understand.
Who's got some ideas we can use,
really relate to.
We've all read your rules,
tried them,
learned them in school, then tried them.
They're impossible rules, and you've made us look fools.
Well done, God, but now...
Please, don't hunt me
down for heaven's sake.
You know
that I'm only joking, aren't I? Pardon me, I'm very drunk.
But I know what I'm trying to say,
and it's nearly night time.
And we're still alone,
waiting
for something unknown,
still waiting.
So throw down a stone
or something
Give us a sign
for Christ's sake

Everything you want to know about progressive rock and more (including MP3 samples and what is Zeuhl music) is HERE at Progarchives.com.

Buy records of the Canterbury bands from Amazon.com.

Listen to O Caroline by Matching Mole
(this is an outstanding Summer Song!)

mercredi 20 juillet 2005

Lance Armstrong et Jean-Louis Murat, chevaliers de tours

L'un des traits caractéristiques des intellos, c'est de s’échiner à ne pas aimer ce que le grand nombre aime. Ainsi, ils idolâtrent un écrivain (un cinéaste, un chanteur, etc.), mais lorsque celui-ci commence à toucher une plus grande audience, tout d'un coup on décrète qu'il a perdu son inspiration, son souffle, et même son âme. Et on regrette, avec un grand soupir navré, qu’il soit devenu tellement commercial.

Mais attention : comme les intellos sont une espèce compliquée qui n'aime rien tant que de se distinguer, il peut être aussi de très bon ton de dire qu'on aime les artistes populaires - ou bien le football, voire même le camping (que cela soit vrai ou pas au fond n'a aucune importance car le propre de l'intellect est dans le dire, non dans le sentir).

C’est la stratégie du décalage, qui a le grand avantage de vous faire aimer à la fois des intellos (qui apprécient les originaux surtout s’ils sont capables d'élaborer des heures autour de « ah-que-cela-a-été-dur-d’avoir-un-billet-pour-le-concert-de-Johnny-au-Stade, mais-cela-en-valait-le-coup-et-tu-as-vraiment-manqué-quelque-chose) et de ceux qui ne le sont pas (qui se disent que, finalement, vous n’êtes pas aussi tordu que vous en avez l’air).


Allez Poupou!

Illustration à partir de l’interview, dans le Télérama du 14 juillet, de l'intello chanteur (ou l'inverse comme on voudra) Jean-Louis Murat qui connaît bien les règles du jeu, l’art de la provocation et tout le tintouin (mais qui commence quand même à devenir un peu commercial).

Citation (remarquez bien le magnifique mouvement en deux temps autour de « J’ai la nostalgie d'un temps etc. », et la finale):

« Pour moi, vivre, c'est écrire. J'écris par volonté de rejeter le plus loin possible tout ce qui veut mourir en moi. Je hais les forces de mort partout en action. Le seul remède pour moi, c'est d'être excessif, de faire de l'excès un art de vivre, un combat contre les faux-semblants et l'hypocrisie. J'ai la nostalgie d'un temps où l'on se battait pour l'honneur. Aujourd'hui, quelqu'un comme Lance Armstrong personnifie ces valeurs, courage, droiture, bravoure. Rien que son prénom, Lance, évoque l'époque de la chevalerie. Quand il chevauche son vélo, on dirait Lancelot dans les Pyrénées. Une véritable épopée. Deux siècles après Joachim Murat, il est l'un des derniers guerriers ».