dimanche 6 novembre 2005

Vu de loin / Seen from abroad

"Ah ! m'y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J'ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. A ce moment, l'escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit que c'étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Il avait beau regarder du côté d'où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n'y comprenait rien du tout."
(Fabrice del Longo, dans la Chartreuse de Parme, chapitre 2)


Photos de Paris, la nuit du 5 novembre
sur le site de la BBC (gauche) et celui d'Aljazeera (droite)


Comprend-on mieux les choses quand on est près, plutôt que loin, de l'événement?

Cette interrogation classique, souvent illustrée par le "syndrome de Fabrice" (qui, bien qu'étant au cœur de l'action, ne comprenait rien à ce qui se passait), est aujourd'hui renouvelée par l'internet.
Des « événements » (comme on disait déjà en Mai 68, et avant lors de la guerre d'Algérie) qui se déroulent en ce moment en France, je n'ai certes qu'une vision lointaine. Mais aurais-je été mieux informé étant à Paris (et habitant un quartier privilégié) plutôt qu'à Oxford?
Aujourd'hui, grâce à l'internet, on peut facilement accéder de l'étranger à toute la presse française (y compris les JT de TF1 et de France Télévisions accessibles en ligne peu de temps après leur diffusion), ainsi qu'à de nombreux forums de discussion où chacun explique le pourquoi des choses, sans compter les innombrables blogs qui désormais accompagnent et commentent (presque) tout ce qui se passe dans le monde.
Mais de plus, ici à Oxford, parce que j’ai l’impression d’en savoir moins parce que je suis loin, je suis enclin à davantage lire la presse que je ne le ferais en France, et surtout à consulter des sites de médias étrangers qui me confrontent à des visions ou à des interprétations auxquelles je ne me serais pas naturellement exposé.

Je suis donc sans doute plus informé que si j’étais à Paris. En même temps, je n’ai qu’une connaissance désincarnée des événements parisiens et il me manque un quelque chose, qui donnerait à l’information sa consistance et la ferait vivre en moi. Ce quelque chose, ce sont ces micro-sensations indéfinissables qui viennent des conversations, des changements minimes dans le comportement des gens, des bruits différents dans la ville.

J’ai beau avoir en main un beau tam-tam électronique, il ne me permet pas de capter cette vibration si particulière de l’air qui nous dit ce qui se passe vraiment.

Paris riots:
Do we know more about things when we are close, or when we are far away?
A question which is renewed by the internet, this amazing information tool.

2 commentaires:

Ali Hajipour a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec vous.

Etant étudiant en France, cela fait maintenant presque 5 ans je suis loin de mon pays l'Iran, mais je pourrais prétendre à être plus au courant de ses événements que ceux qui y habitent; et ce n'est que grâce à Internet!

florance Ndeng, ParisII a dit…

C'est vrai que loin de son pays, on sent la nécessité de tout savoir sur ce qui s'y passe. Celà est possible, grâce au net qui ous permet de lire les journaux de tous les pays, de tous les bords politiques, alors qu'on a tendance à regarder et acheter uniquement ceux qui nous sont proches.