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samedi 7 avril 2007

Machines à voter (suite)

Lors de l’élection présidentielle de 2007, 82 communes représentant presque 1,5 millions d’électeurs, n’utiliseront pas un bulletin en papier et une urne comme de coutume, mais une machine à voter. Cela provoque pas mal de craintes et de protestations et certaines communes, comme celle de Couëron, regrettent déjà de s’être engagées dans cette aventure.



Le 29 mars dernier, le Conseil constitutionnel a publié un communiqué de presse et une note sur les machines à voter. Il rappelle que celles-ci ci sont autorisées depuis 1969 (art. L. 57-1 du code électoral) pour les communes de plus de 3500 habitants. Il indique d’autre part que l'utilisation des machines à voter répond à un triple objectif :
- économique : réduire les coûts d'organisation des élections et accélérer le dépouillement des résultats le soir du scrutin.
- écologique : supprimer les bulletins en papier.
- social : permettre un accès plus aisé aux opérations de vote pour les personnes handicapées.


Petite histoire des machines à voter

Acte 1 : C’est la loi du 10 mai 1969 qui a a autorisé l’utilisation de machines à voter (alors électro-mécaniques) en France. L’objectif alors était de lutter contre la fraude électorale. Les premières machines ont été utilisées lors des élections législatives de 1973, mais au total seulement 600 appareils furent acquis par le Ministère de l’intérieur avant leur mise au rebut en 1988.

Acte 2 : Après cette première introduction avortée des machines à voter, un débat sur le vote électronique se développa à partir du milieu des années 1990 avec l’apparition de l’internet. La société américaine election.com, dont la filiale française était animée par Régis Jamin (qui a aujourd’hui créé Election-Europe.com) fit la promotion du vote électronique et certaines villes, comme Brest, Issy-les-Moulineaux ou Vandoeuvre, s’engagèrent dans cette voie. Cependant, le ministère de l’Intérieur, s’opposa à toute utilisation de l’internet pour les élections politiques, « l’absence de passage dans un isoloir ne permettant pas de protéger l’électeur contre une éventuelle pression extérieure ». De son côté la Commission nationale Informatique et Libertés (CNIL) émit à plusieurs reprises des réserves sur le vote électronique, celui-ci ne permettant pas de protéger les données personnelles (voir son avis du 2 avril 2002 et sa délibération du 1er juillet 2003).

Acte 3 : L’option vote par internet étant écartée, le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, annonça en septembre 2003, lors du Forum d’Issy-les-Moulineaux, la relance des machines à voter. Dans les mois qui suivirent, trois modèles de machines à voter furent agréés et utilisés par une dizaine de communes lors des élections cantonales, régionales et européennes de 2004. Lors du référendum du 29 mai 2005, 55 communes (dont Brest, Le Havre, Boulogne-Billancourt, Antony) s'étaient ainsi équipées, ce qui représentait 837 bureaux de vote et un peu moins d'un million d'électeurs. Le conseil constitutionnel indique que l’utilisation de ces machines n’a donné lieu à aucun lieu à aucun contentieux. Mais en sera-t-il de même cette année ?


Une opposition montante aux machines à voter

Depuis plusieurs années, des informaticiens et quelques citoyens – au premier rang desquels l’infatigable Pierre Muller de Recul démocratique, désormais dénommé ordinateur-de-vote.org ainsi que le CREIS – se sont mobilisés contre le vote électronique ou les machines à voter. Depuis quelques mois, l’opposition a pris une certaine ampleur et une pétition en ligne pour le maintien du vote papier a été lancée (presque 50 000 signataires à la date d’aujourd’hui).

P&ampeacute;tition pour le maintien du vote papier

Les opposants aux machines à voter réfutent les arguments généralement avancés en faveur des machines à voter.

  1. Ils notent que les économies que génèrent les machines à voter sont loin d’être évidentes. Certes, on pourra imprimer moins de bulletins et les rémunérations des agents communaux seront moins importantes (puisqu’on n’aura pas à les payer pour les longues heures du dépouillement). Mais, l’achat des machines dont le coût est d’environ 4000 euros par unité aura représenté, si l’on compte une machine par bureau de vote, au moins 3,3 millions d’euros (mais il serait en fait proche des 5 millions d’euros).
  2. Ils soulignent que les machines ralentiront sans doute le déroulement du scrutin, les expériences passées montrant que certains électeurs, notamment les plus âgés, ont du mal à pratiquer cette nouvelle façon de voter.
  3. Enfin, on s’interroge sur ce qui se passera en cas de panne, momentanée ou définitive, de machines : cela signifiera-t-il que le vote de certains électeurs ne sera pas pris en compte ; a-t-on prévu des solutions de rechange et des urnes et des bulletins de secours ?
Plus fondamentalement, et c’est là qu’est le vrai problème, les opposants aux machines à voter mettent en doute leur intégrité ou leur fiabilité. Certains évoquent le spectre d’une manipulation (les logiciels des machines à voter pouvant être programmés pour fausser le scrutin). Des informaticiens ont également constaté qu’il était possible de connaître à distance les votes enregistrés par les électeurs. Que cela relève ou non du fantasme du Big brother, un sérieux doute plane sur la capacité des machines à voter à enregistrer correctement les votes.

Pour ces raisons, les opposants aux machines à voter réclament un moratoire et l’ouverture d’un véritable débat sur la question. Certains demandent également que chaque vote effectué sur une machine donne lieu à une trace papier (conservée dans une urne close à des fins de recomptage en cas de contestation) une façon astucieuse de ruiner le principal avantage supposé des machines à voter : les économies de papier.

Pour l’instant, les machines à voter semblent présenter seulement deux avantages :

  • elles suppriment la phase de dépouillement des votes. Et c’est sans doute ce qui a convaincu les maires qui ont acheté des machines car, dans de nombreuses communes, il est de plus en plus difficile de trouver des volontaires acceptant de participer au dépouillement.
  • elles institutionnalisent le vote blanc. La loi de 1969 prévoit en effet que la faculté d’un vote blanc doit être offerte sur les machines à voter. Les machines à voter font disparaître la catégorie « votes nuls « (regroupant, pour le vote papier, les bulletins non conformes tels que les bulletins raturés ou surchargés, ou les bulletins de deux candidats différents dans la même enveloppe) et permettent donc à ceux qui veulent exprimer un vote blanc de se compter en tant que tels sans être confondus avec ceux qui se sont trompés.

Pour s’informer :


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lundi 26 mars 2007

Comment trouver le programme de Nicolas Sarkozy?

NB: Ce billet a été publié le 26 mars. Depuis le 30 mars, le programme de Nicolas Sarkozy, organisé en 15 grandes propositions (de "Mettre fin à l'impuissance publique" à "Fiers d'être Français") est apparu sur son site web. Il est téléchargeable en format PDF ICI.

Sur internet, on trouve tout ... ou presque.

Que se passe-t-il, par exemple, lorsqu'on cherche le programme des quatre candidats actuellement en tête dans les sondages sur leurs sites respectifs?

Sur le site de Ségolène Royal, on trouve aisément les 100 propositions du pacte présidentiel de la candidate, regroupées en 9 ensembles thématiques (de la confiance retrouvée à une république nouvelle). Les propositions sont disponibles en ligne ou en téléchargement en format PDF et toutes présentées selon le même schéma: remontée des débats, enjeux (en une ou deux phrases) et les propositions proprement dites, numérotées de 1 à 100.

Sur le site de François Bayrou, en cliquant sur la bandeau de la première page, on accède à plus d'une centaine de mots-clefs, qui permettent d'accéder aux propositions correspondantes du candidat. Dans la plupart des cas, il s'agit d'extraits de discours (et on peut parfois visionner la vidéo correspondante). Apparemment cette liste de mots-clefs évolue encore (les dernières propositions ajoutées étant soulignées). A noter: la possibilité de commenter chaque proposition (la plus commentée étant le mot-clef Ecole avec 469 commentaires au 26 mars 18h, suivi par le mot-clef Homoparentalité avec 376 commentaires, Le Liban n'obtenant lui que 5 commentaires).

Sur le site de Jean-Marie Le Pen, la page d'accueil propose d'emblée une liste de 13 discours programmatiques. Le bandeau supérieur fournit en outre un lien vers Le programme qui se présente sous la forme de 25 imagettes thématiques (dont l'ordre est très intéressant puisque cela commence par Immigration, Sécurité et justice, Sécurité sociale, Santé, Famille et enfance). Chaque imagette ouvre sur un long texte toujours organisé en deux parties: le constat; les mesures. On notera que le coût de celles-ci est systématiquement mentionné.


Nicolas Sarkozy n'aurait-il pas de programme?

Sur le site de Nicolas Sarkozy, la recherche du programme du candidat est, de prime abord, plus décevante. Le bandeau supérieur du site comporte bien une rubrique "Ce que je vous propose". Celle-ci ouvre sur un série de 9 engagements formulés sous la forme "Je veux être le Président... (du pouvoir d'achat, de la valeur travail, etc.). On peut alors télécharger une double page PDF qui, après une phrase rappelant l'orientation du candidat, propose pour l'essentiel de nombreux, mais bien courts, extraits de discours du candidat (certains remontant à 2004).
Il s'agit plus de grands principes que de propositions ou de mesures telles que celles présentées par les trois autres candidats. Nicolas Sarkozy n'aurait-il pas de programme?

En fait, les choses sont un peu plus compliquées. Il y a bien un programme, mais on trouve celui-ci non pas sur le site de Nicolas Sarkozy mais sur le site de l'UMP. Et pour y arriver, il faut un peu fureter: d'abord cliquer dans la colonne de droite sur le lien "Législatives 2007. Le projet, les candidats"; puis, dans la page qui s'ouvre, cliquer sur le lien "Le projet" dans le bandeau supérieur. On peut alors télécharger un document PDF (ou en format e-book) présentant en 70 pages "Le contrat de législature de l'UMP pour 2007-2012". Un chiffrage du projet en deux pages est également proposé.

Ce surf peut apparaître déroutant à ceux qui, ayant aisément accédé aux programmes des autres candidats, voudraient faire de même pour Nicolas Sarkozy. Mais, au fond, ne reflète-t-il pas la conception gaulliste de la fonction présidentielle: le Président est celui qui indique les grandes orientations, à charge pour les partis de mettre en oeuvre les mesures nécessaires? On attendait Nicolas Sarkozy comme un Président capitaine. Peut-être sera-t-il finalement un Président arbitre...

Addendum du 28 mars: Plusieurs lecteurs font remarquer, à juste titre, qu'il existe un Abécédaire des propositions de Nicolas Sarkozy, qu'on peut consulter soit de A à Z, soit au hasard. La présentation des propositions se rapproche ici de celle de François Bayrou et ouvre sur des extraits de discours ou d'interviews. Mais la bizarrerie subsiste: pourquoi mettre les propositions de Nicolas Sarkozy seulement sur le site de l'UMP et non sur le site du candidat?


PS: Quant à ceux qui ne veulent pas se fatiguer à naviguer entre plusieurs sites, ils trouveront sur l'internet plusieurs comparateurs de programmes, comme celui proposé par Votons.info, à la fois simple, pratique et très bien documenté.
Ou encore
celui du journal Le Monde, plus sophistiqué dans la forme, mais qui ne permet de comparer que deux candidats (et non plusieurs comme Votons.info).
Et ceux qui sont très pressés, et d'humeur blagueuse, peuvent aller sur comparer.com qui compare les candidats sur un mode express et binaire (pour ou contre) en fonction de leurs positions sur quelques questions plus ou moins essentielles (de l'autorisation de fumer dans les lieux publics à la discrimination positive ou la peine de mort en passant par la légalisation des drogues douces).

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dimanche 25 mars 2007

A quoi servent les meetings?


Les réunions publiques, de la rencontre entre un candidat et quelques dizaines d’électeurs dans les préaux d’école aux grands meetings rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes en passant par les banquets républicains ou les prises de parole devant un groupe de travailleurs, font partie du répertoire de la communication politique depuis plus d’un siècle et demi.

Toute campagne présidentielle comprend de nombreuses réunions publiques et tous les candidats consacrent des budgets parfois substantiels à cette forme de communication. Lors de la campagne présidentielle de 2002, les réunions publiques ont représenté en moyenne 28% des dépenses des candidats, et parfois bien davantage (40 % ou plus pour Arlette Laguiller, ce qui surprend peu, mais aussi Jacques Chirac et Christine Taubira) (1). Certains candidats, notamment les petits, participent à plusieurs dizaines de meetings dans les deux derniers mois de la campagne.


L’évolution des meetings lors des présidentielles

Depuis une quarantaine d’années, on peut noter deux tendances dans la forme des réunions publiques organisées lors des présidentielles.
Jusqu’à la fin des années 1980, les grands candidats ont privilégié les très grands meetings rassemblant jusqu’à 40 ou 50 000 personnes (notamment dans des stades). En 1974 et 1981, une véritable compétition, suivie de semaine en semaine par les médias, s’était même instaurée entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, le nombre de participants étant vu comme un indicateur de la popularité de chaque candidat.
Depuis 1988, les candidats tendent à organiser des réunions de taille plus réduite. Plutôt que le nombre de personnes assistant à la réunion, ils s’efforcent de mettre en valeur le thème de leur intervention, chaque réunion permettant de décliner, en fonction de la ville ou de la région où elle a lieu ou bien en fonction de la composition de l’auditoire, un aspect particulier du programme du candidat (2). La législation sur le financement des campagnes est également un facteur qui a conduit certains candidats à réduire le nombre de leurs meetings. Les candidats ont enfin le souci de recourir à des modes de communication plus modestes, qui symbolisent leur proximité avec les électeurs. En 1995, Jacques Chirac avait ainsi commencé sa campagne par de petites réunions lui permettant de dialoguer avec la société civile. De la même façon, les toutes premières réunions publiques de Ségolène Royal ont été conçues pour souligner combien elle était au cœur des préoccupations des gens : la candidate socialiste est ainsi intervenue non pas depuis une tribune, mais debout au milieu d’auditeurs assis en cercle autour d’elle.

Deuxième grande évolution : les réunions électorales présidentielles sont aujourd’hui davantage organisées pour donner lieu à des images pour les journaux télévisés qu’à l’intention des personnes qui sont présentes sur place. L’entrée des candidats est calée sur les horaires des journaux télévisés. Les décors, les éclairages et les tribunes sont conçus pour bien passer à l’écran. De jeunes militants sont placés aux premiers rangs pour souligner le soutien dont bénéficie le candidat. On donne aux participants des pancartes, des banderoles, des drapeaux qui amplifient la masse de la foule et témoignent de son enthousiasme. Dans certains cas, les images mêmes du meeting sont produites par l'équipe du candidat et fournies aux chaînes de télévision qui n'ont pas l'autorisation de capter leurs propres images.


Une spectacularisation de la politique ?

Cette construction des réunions publiques comme objet télévisuel ne témoigne pas forcément d’une plus grande spectacularisation de la vie politique… car les réunions politiques en public ont toujours comporté une dimension spectaculaire.
Lors des campagnes législatives de la fin du 19eme siècle, les réunions étaient contradictoires et, à la manière d’un match politique, opposaient plusieurs candidats lors de joutes oratoires (3) . Les banquets républicains du début du 20eme siècle, chers aux Radicaux, étaient de grands moments de réjouissance où l’on chantait et se racontait des blagues. Les meetings du Front populaire étaient des spectacles au sens propre du terme. Des chanteurs, chorales ou musiciens y participaient ; on demandait à des artistes plasticiens de concevoir les décors et on scénarisait leur déroulement. Ce qui a changé avec le développement de la télévision, c’est que le spectacle qu’ont toujours été les réunions politiques est désormais conçu pour un public qui n’est pas là, et non plus pour le public présent physiquement qui, lui, est devenu une des composantes du spectacle, acteur et non plus spectateur.

Les meetings sont-ils utiles ?


On peut se demander pourquoi les candidats, alors qu’ils peuvent toucher gratuitement des millions de personnes via les médias, persistent à utiliser cette forme de communication – coûteuse, lourde à organiser, et n’intéressant qu’une infime partie des électeurs (les enquêtes montrent que moins de 10% des électeurs assistent à un meeting durant la campagne). On peut trouver de multiples raisons à cela.
Les réunions publiques sont des sortes de grandes fêtes qui renforcent la cohésion des équipes de campagne et stimulent l’engagement des militants ou des sympathisants (qui constituent l’essentiel du public). Autre raison : les réunions publiques fournissent de belles images, celles d’un démocratie vivante. Elles symbolisent la communion du candidat avec le peuple. Loin de la communication froide des studios de radio ou de télévision, les réunions donnent de la chair et de la vie à la communication des candidats, la rendent plus attrayante et en démultiplient les effets. Dès lors, les sommes parfois importantes qui sont consacrées aux réunions publiques peuvent s’assimiler à un investissement publicitaire. Leur coût ( qui peut atteindre les 500 000 euros pour un meeting rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes) doit être rapporté non au nombre de personnes présentes sur place mais aux retombées médiatiques qu’elles génèrent. Enfin, les candidats tiennent des réunions publiques tout simplement parce qu’ils aiment cela. Parler devant une vaste audience est une expérience exaltante, de l’avis de tous ceux qui l’ont vécue. Les candidats sont souvent transcendés, et leur discours gagne en force. François Mitterrand prenait une autre dimension lorsqu’il parlait devant une large assemblée. Et même les candidats qui ne sont pas forcément de très grands orateurs en public ne résistent pas à ces moments délicieux qui leur donnent le sentiment d’être portés par la foule et d’être entendus.



Ce texte est un extrait de Comment devient-on président(e) de la république? Les stratégies des candidats (Robert Laffont).
Vous trouverez d'autres éléments sur les moyens de communication utilisés par les candidats pour diffuser leur message dans le chapitre 5 de cet ouvrage.

Légendes et crédits photo:
- Meeting de F. Bayrou à Annecy le 8 mars 2007 (depuis le site du candidat)
- Banquet républicain sous la révolution (depuis le site du Sénat).
- Meeting de MG. Buffet au Zenith à Paris le 23 janvier 2007 (photo Julien
Foucher).
________________________
(1) Source : Comptes de campagne publiés par le Conseil constitutionnel.
(2) Cette planification thématique des réunions publiques a été cependant pratiquée dès 1965, tout particulièrement par Jean Lecanuet.
(3) Voir M. Offerlé, Un homme, une voix? Histoire du suffrage universel. Paris: Gallimard, 2002. Michel Offerlé décrit la réunion électorale comme une forme de loisir de quartier où l’on vient parfois en famille (p. 89-91).

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jeudi 22 mars 2007

Les internautes et la politique à l'heure de la présidentielle

Le CEVIPOF vient de terminer une étude sur Les internautes et la politique dans le contexte de l'élection présidentielle.
Réalisée par sondage en ligne du 16 au 29 janvier 2007 auprès d'un échantillon de 1000 internautes représentatif de la population française internaute âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, PCS, région*agglo), cette étude fait le point sur le profil sociologique des internautes, leurs pratiques d'information, leur implication politique ainsi que leurs intérêts et préférences à l'égard de la présidentielle. Elle apporte tout particulièrement d'intéressants éléments sur l'audience des sites politiques.

L'audience des sites politiques

La fréquence de visite des sites politiques


Souvent De temps en temps Rarement Jamais
- Le site de votre région, de votre département ou de votre commune 11,5 41.5 26.5 19.5
- Des sites de médias traditionnels (lemonde.fr, tf1.fr…) 16 38.5 23.5 22
- Des portails web d’information (yahoo, googlenews) 29 29 16.5 24.5
- Le site du gouvernement ou tout autre site d’un ministère 5 30 20.5 43.5
- Le site d’une association de défense des consommateurs, de défense de l’environnement, des droits de l’homme… 4 22 25 49
- Le site d’une association caritative (Secours populaire, Médecins du monde, Croix rouge…) 3 15 30 52
- Pacte-ecologique-2007, le site de Nicolas Hulot 2 9.5 13.5 74.5
- Le site de l’Assemblée national ou du Sénat 1 7.5 11.5 80
- Des sites de blogeurs traitant de politique et d’actualité (loiclemeur, versac, etienne.chouard, etc...) 1,5 5 12 81.5
- Le site de l’UMP, un autre site ou blog soutenant la candidature de N. Sarkozy 3,5 6.5 8.5 81.5
- Des sites citoyens (agoravox, sitoyen, acrimed…) 1,5 4 11.5 82
- Le site du PS, desirsdavenir, un autre site ou blog soutenant la candidature de S. Royal 2,5 6 7.5 84
- Le site du Président de la République 0.5 3.5 8.5 87.5
Ce tableau se lit de la façon suivante (exemple): 11,% des internautes visitent souvent le site de leur région, département ou commune.

Proportion de visiteurs de différents sites partisans selon l’orientation politique

% de visite au moins une fois PS /
Segosphère
UMP /
Sarkosphère
Nicolas
Hulot
Blogs politiques
- Gauche 23 12 24 26
- Ninistes 9 12 27 12
- dont ninistes intéressés par la politique 19 25 34 23
- Centre 21 23 29 17
- Droite 16 36 22 21
- Ensemble 16 19 25 19
Ce tableau se lit de la façon suivante (exemple): parmi les internautes se déclarant de gauche, 23% ont été au moins une fois (même si ce n'est qu'une fois) sur un site du PS ou de soutien à Ségolène Royal.

Les ninistes sont ceux qui ne se déclarent ni de gauche ni de droite (à ne pas confondre avec ceux qui se déclarenet proches du centre!).


Un résumé de l'étude sur le site de TNS-SOFRES PAR ICI

L'ensemble des résultats chiffrés de l'étude en format PDF PAR LA

mardi 6 mars 2007

Stratégies de campagne

Petit retour sur les stratégies de campagne menées jusqu'ici par les 4 "grands" candidats.

Une stratégie de campagne c'est la combinaison de trois types d'activités - politiques (ou programmatiques), communicationnelles et logistiques - autour d'un candidat. Pour analyser les stratégies des candidats, il faut autant examiner les actions qu'ils ont engagées dans chaque domaine que leur capacité à les coordonner.


La machine Sarkozy et ses fragilités

De ce point de vue, c'est sans doute la campagne de Nicolas Sarkozy qui, jusqu'à présent, peut le plus impressionner. Son appareil de campagne apparaît bien outillé sur le plan programmatique et fonctionne bien sur le plan logistique (les relations entre les trois pôles sur lesquels Nicolas Sarkozy s'appuie - le ministère de l'Intérieur, l'UMP et son équipe de campagne - étant plutôt harmonieuses).

NS est surtout particulièrement offensif en matière de communication : forte occupation de l'espace médiatique par la multiplication d'événements et de déclarations qui fournissent régulièrement de la matière fraîche aux journalistes ; réactivité aux initiatives de ses adversaires grâce à un suivi constant de l'actualité assuré par une cellule de veille ; déclinaison coordonnée et répétée du message du candidat par un groupe de porte-paroles et de parlementaires, suivant le principe du « stay on message » appliqué dans les campagnes de Tony Blair. La stratégie de Nicolas Sarkozy illustre bien les évolutions de la communication politique moderne : centralisation des actions, spécialisation des rôles, et professionnalisation des compétences.

On a néanmoins assez peu relevé le changement de cap opéré fin décembre par le candidat de l'UMP. Durant une grande partie de l'année 2006, Nicolas Sarkozy a axé son message sur le thème de la rupture et de « la France d'après » et pris des positions en décalage avec la tradition gaulliste. Il s'agissait sans doute de désamorcer préventivement les attaques menées sur le bilan du gouvernement auquel il appartient (point sur lequel ont souvent achoppé les premiers ministres en fonction qui se sont présentés à l'élection présidentielle). Depuis janvier, Nicolas Sarkozy a amendé son programme et retenu un slogan moins flamboyant. Cette réorientation, sans doute nécessaire pour assurer la cohésion politique de l'UMP et rassurer certaines parties de son électorat, témoigne d'une grande capacité d'adaptation. Mais elle a aussi brouillé quelque peu le message de Nicolas Sarkozy et on aperçoit désormais moins bien l'axe majeur qui structure sa campagne.
L'autre fragilité de NS, c'est le risque d'usure. La machine tourne à plein depuis de nombreux mois et on a parfois le sentiment que le candidat nous a déjà presque tout dit.


Ségolène Royal: une erreur cognitive?

Par contraste, la stratégie de Ségolène Royal est apparue plus hésitante. L'équipe de campagne a rencontré au moins trois problèmes.
Le plus manifeste est un manque de coordination entre l'état-major de la candidate socialiste et l'appareil du PS. Les ressources de ce dernier n'ont pas été suffisamment mises à profit, d'où une tendance à la démobilisation chez de nombreux responsables, militants et experts socialistes, sans compter quelques dysfonctionnements dans l'organisation matérielle de la campagne.

Deuxième difficulté : la temporalité lente de campagne choisie par Ségolène Royal s'est heurtée à la temporalité plus rapide des médias. Alors que la candidate socialiste était toujours dans une phase d'écoute, les médias étaient déjà passés dans une phase de comparaison et d'évaluation des programmes. D'où un sentiment d'absence de projet de la part de Ségolène Royal.
Enfin, on peut être surpris par la communication peu offensive de l'équipe de campagne de Ségolène Royal. Celle-ci s'est surtout attachée à se défendre contre les attaques - par exemple après sa déclaration sur le Québec, ou sur le coût de son programme après le discours de Villepinte - plus qu'à questionner les positions de ses adversaires.

Plus généralement, on a l'impression que l'équipe de Ségolène Royal est restée prisonnière des schémas cognitifs de ses précédentes victoires électorales (les régionales de mars 2004 et les primaires du PS en novembre 2006) et n'a pas pris toute la mesure de la complexité et de la dimension conflictuelle du nouvel environnement politique dans lequel elle devait opérer. Comme si le changement d'échelle qu'impliquait la campagne présidentielle n'avait pas été bien perçu, ainsi qu'en atteste le sous-dimensionnement initial de l'équipe de campagne de Ségolène Royal.
La réorganisation de l'équipe de campagne intervenue fin février s'efforce de répondre à ces difficultés. Symboliquement, elle témoigne de la capacité de Ségolène Royal à réaliser les compromis nécessaires et est de nature à remobiliser l'électorat de gauche. Opérationnellement, Ségolène Royal pourra s'appuyer sur des leaders socialistes expérimentés et capables de décliner plus offensivement son message.


Bayrou: l'image de l'homme tranquille

Comme on le sait, François Bayrou a su s'insérer dans le débat électoral en questionnant l'indépendance des médias. Par delà la réalité du problème et les convictions sincères du candidat centriste sur le sujet, cette stratégie s'est avérée habile : elle a contribué le distinguer de ses adversaires mais aussi à capter l'attention des médias en jouant à la fois de leur tendance au narcissisme et de la concurrence nouvelle entre les médias traditionnels et un Internet, supposé plus émancipé.

Ce qui me frappe dans la stratégie de François Bayrou, ce n'est pas tant les innovations dans son dispositif de campagne, au demeurant plus modeste que celui de ses adversaires et traditionnellement assez décentralisé, ou la nouveauté radicale de son discours (qui s'inscrit dans la tradition idéologique du centre droit) que la maturité de l'homme. Comme François Bayrou le répète lui-même, il a changé. On note chez lui une sorte de sérénité, qui lui permet d'avoir une relation plus paisible avec les médias et donne plus de force à son message.
Ce qui nous rappelle combien l'expérience compte dans une élection présidentielle. On a beau sophistiquer l'outillage des campagnes ou concevoir des stratégies de communication complexes, c'est aussi à partir de la personnalité du candidat que se construit une campagne.


La campagne traditionnelle de Le Pen

Quant à la stratégie de campagne de Jean-Marie Le Pen, elle peut apparaître plus souterraine, si on se fie à l'écho qu'en donnent les médias. Ceci est peut-être dû au fait que le Front national concentre pour l'instant ses énergies sur la collecte des parrainages (à laquelle il a déclaré consacrer un budget d'1 million d'euros).
Après un engagement tonitruant avec une série de 6 affiches, le candidat n'en continue pas moins de faire une campagne, qu'on peut qualifier de traditionelle, selon deux axes : en tenant régulièrement des meetings en province qui lui permettent de délivrer de grands discours programmatiques et de mobiliser ses sympathisants les plus engagés, toujours friands des prestations oratoires du chef ; en apparaissant régulièrement à la télévision, médium traditionnellement favorisé par le candidat du Front national car c'est celui qui lui permet de toucher le mieux son électorat.


Ce texte est extrait d'un entretien publié sur le site de l'IFOP.