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mercredi 13 septembre 2006

Apartés, paroles volées et langue de bois

Sommet de l’ASEM (Asia-Europe Meeting) à Helsinki, dimanche 10 septembre. Comme le veut la tradition, avant de s’installer à la table des débats, les chefs d’Etat et de gouvernement présents devisent aimablement sous l’œil des caméras. Ces petits moments sont prévus dans de nombreuses manifestations politiques afin de permettre aux médias « de faire des images » qu’ils utiliseront ensuite pour illustrer leurs reportages. Une caméra se concentre sur Jacques Chirac conversant en aparté avec le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, et en capte non seulement les images mais aussi le son. L’aparté, dans lequel on entend le Président évoquer la faiblesse du Hezbollah et le rôle de l’Iran dans la crise libanaise, est diffusé le soir même sur plusieurs chaînes de télévision (notamment France3).

Même jour sur Canal Plus. Dans sa nouvelle émission, Dimanche Plus, Laurence Ferrari reçoit Dominique Strauss-Kahn. Un petit reportage est diffusé sur DSK où l’on voit notamment le leader socialiste à la FNAC en train d’acheter un CD de Coltrane puis demander à un vendeur la chanson « Zidane il va marquer » pour son petit fils. Jolie image d’une personnalité politique, cultivée (Coltrane) mais ne dédaignant pas la culture populaire et aimant sa famille. Hélas, le reportage se poursuit par une autre séquence dans laquelle le même DSK interrompt l’interview qui se déroulait dans son bureau pour avoir un aparté avec l’un de ses conseillers (probablement en communication). La caméra ne tourne plus, mais le micro-cravate continue à fonctionner et l’on entend le conseiller dire à DSK « … et n'oublie pas tout à l'heure d'acheter un CD de Coltrane, c'est du jazz, et la chanson de Zidane pour ton petit-fils »..

Ces paroles volées de personnalités politiques ne sont pas nouvelles. Pareille mésaventure était déjà survenue à Tony Blair lors du sommet du G8 à Saint-Petersbourg, le 17 juillet 2006. Le Premier ministre britannique avait été alors enregistré, alors qu’il croyait les micros fermés, discutant avec Georges Bush, une conversation qui faisait apparaître Tony Blair comme le petit caniche (poodle) de Bush (et dont on peut trouver le script sur le site de la BBC ICI).

Droit à l’intimité versus droit à l’information

Historiquement, le droit à l’intimité est l’une des libertés fondamentales reconnues aux citoyens dans une démocratie. Il permet à l’individu de former ses opinions en toute indépendance et empêche l’Etat de s’immiscer dans les tréfonds parfois embrouillés de notre conscience.

Les personnalités politiques devraient-elles être privées de ce droit ? Doit-on considérer que, dès lors qu’elles sont dans l’exercice de leurs fonctions, tout ce qu’elles disent, même dans un cadre privé ou semi-privé, est d’intérêt public et peut être librement porté à la connaissance des citoyens ?

Pour certains journalistes, capter des images ou des conversations à l’insu des personnalités politiques (ou variante : lors de situations qu’ils ne maîtrisent pas) serait même une obligation. Parce que dans nos démocraties modernes, les responsables politiques ne tiennent plus que des discours policés, soigneusement construits et préparés, ces paroles volées seraient des instants de vérité qui révéleraient la réalité de la politique, comment les responsables politiques pensent et fonctionnent "en vrai".

Mais on peut craindre que ce type journalisme offensif, sinon intrusif, conduise paradoxalement à rigidifier le discours politique.
Sachant que désormais tous leurs propos peuvent être enregistrés à tout moment (ne serait-ce que grâce à un téléphone portable), les responsables politiques ne seront-ils pas tentés de contrôler encore davantage leur communication, en pratiquant constamment la langue de bois ou en organisant strictement la couverture de leurs déclarations ou apparitions publiques selon les principes du news management (que j'ai déjà évoqués dans des précédents billets ICI en mars 2005 et LA en juillet 2005)?

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lundi 19 septembre 2005

Comment faire croire qu'on a gagné quand on a perdu?

En 1998, dans les bureaux de l’équipe de campagne de Gerard Schröder, on pouvait lire cette affiche : « In 4 Wachen machen wir es genausa. Herslichen Glückwunsch, Tony Blair » (Dans 4 semaines, nous ferons pareil. Bravo à Tony Blair ). Et, en effet, les responsables du SPD semblent désormais aussi bien maîtriser les techniques du spin que leurs homologues britanniques.

Le spin, c’est un ensemble de techniques visant à modifier la manière dont les médias perçoivent un événement. L’une des ces techniques consiste à focaliser l’attention des médias sur une prévision négative quant aux résultats de l’élection à venir, cette prévision (et non les résultats de la précédente élection) devenant ainsi le point de référence utilisé par les médias pour évaluer les résultats effectifs. On peut alors minorer ses pertes, voire les transformer en gains.

Ainsi, lors des élections locales britanniques de 1991, les responsables de la communication du parti conservateur ont, sur le ton de la confidence, fait part aux journalistes de leur extrême inquiétude : la situation était tellement catastrophique que les Tories craignaient même de perdre deux villes-symboles, Wandsworth et Westminter, qui avaient toujours voté pour eux. Le lendemain de l’élection, de nombreux journaux ont titré sur le fait que les Tories avaient conservé ces deux villes, mettant au second plan les 500 sièges conquis par le Labour et les 900 perdus par les Tories !

Autre exemple : en 1992, lors de la primaire du New Hampshire, les experts électoraux du parti républicain ont exagéré le danger que représentait pour George Bush la candidature de Pat Buchanan (un éditorialiste ultra-conservateur entré en politique), et indiqué aux journalistes que celui-ci risquait d’obtenir au moins 40% des votes, et peut-être même sensiblement plus. Lorsque Buchanan n’obtint finalement que 37% des voix, ce résultat fut interprété par la plupart des journalistes comme une défaite de Buchanan (alors même qu’un président sortant avait été rarement aussi chahuté dans la primaire du New Hampshire). Et ceci affecta négativement la dynamique de sa campagne par la suite (d’autant plus que la primaire du New Hampshire est perçue par les médias comme déterminante pour la suite du processus électoral).


La lotion magique de Schröder / Schröder's magic lotion

Make them believe you won after you lost.
One of the technique frequently used by spin doctors consists in focusing media attention on negative expectations. Then, by just beating these expectations, you become a winner even though you actually lost.
For example, in the run-up to polling day of the 1991 British local elections, the Tories spin doctors managed so well that it seemed that the only two results to watch were those in Wandsworth and Westminter. The following day, most newspapers had headlines such as “Conservatives hold Westminter and Wandsworth”, instead of “Conservatives loose near 900 seats”.
In another instance, during the 1992 primary in New Hampshire,Republican spin doctors suggested that Pat Buchanan, the right-wing opponent to George Bush would get at least 40% of the votes, and might even get more. By talking up Buchanan’s chances, the effect was to make media people think that Buchanan had done poorly when he eventually got about 37% of the votes.This helped to boost Bush campaign and considerably damaged the momentum of the Buchanan campaign.

jeudi 17 mars 2005

News management, propaganda and public information


ABC News had a gripping story yesterday March 16th: Government Blurring the Line on News? It was about Bush administration sending video news relases to TV stations accross the country. These video news releases are designed and packaged as other segments in the news and some stations - mostly local - did broadcast them without no indication they have been produced by the government.
As an example, ABC News cited the case of "a report about the president's controversial education bill which was presented as news on many local stations including those in Houston and Washington and ended with the words: This is a program that gets an A-plus. In Washington, Karen Ryan reporting." . But, as ABC News point outs, Karen Ryan is not a reporter. She works in public relations and was hired by the Bush administration to voice the government-produced news stories.

While the government sees this pratice as "the legitimate provision of information concerning the programs administered by public agencies", the Government Accountability Office, which is the investigative arm of Congress, considers that, in many cases, this amounts to "covert propaganda", especially when there is no clear mention of the source.

News management, as public relations specialists and spin doctors call it, is not something that the Bush administration invented. It has been commonplace in many governments for one decade, notably Clinton's and Blair's. In France too, we have some attempts to news management, especially from the part of younger ministers (e.g. Nicolas Sarkozy) who have been politically socialized in a TV environment. Yet, compared to the US and the UK, news management remains somewhat amateur in France .

News management encompasses a set of techniques - setting the agenda, managing expectations, arranging photo opportunities, embedding journalists in government operations, providing easy access to data or video footage, etc. - which all aims at controlling how the media cover a specific issue. That governements and political organization seek to frame issues should not come as a surprise. What is more unfortunate is that so few journalists do resist such strategies.