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mercredi 24 mai 2006

Vive la télé: L'incroyable paquebot de Monsieur Zanella

Cela se passait vendredi 19 mai sur France 3 dans l’émission Thalassa. Au début, on pouvait croire à un reportage de la série Strip-tease (cette émission d’origine belge qui vous déshabille en filmant des tranches de vie qui sentent bon le surréalisme). Un mineur de Lorraine, François Zanella, décide de construire dans son jardin une maquette au 1/8eme du Majesty of the Seas, un des paquebots de la compagnie Royal Carribean, avec la ferme intention de le faire naviguer sur les canaux de France et d’Allemagne. En le voyant sur son chantier, devant la demi-carcasse de son bateau, en train de manipuler des matériaux de récupération ou de commenter fièrement ses plans (fabuleux moment sur l’ascenseur panoramique qu’il prévoit d’installer), on ne peut s’empêcher de sourire. Encore un doux et sympathique illuminé, se dit-on.

Sauf que François Zanella a la foi du charbonnier, des tonnes d’ingéniosité, la passion contagieuse et un pouvoir de conviction étonnant: il mobilise ses voisins ; il se fait des copains aux Chantiers de l’Atlantique qui le fournissent en pièces déclassées et viennent lui filer un coup de main pour réaliser des soudures un peu compliquées. Peu à peu, c’est toute la région de Morsbach, fière de son Don Quichotte des mers, qui se mobilise. Des journées portes ouvertes sont organisées qui permettent de financer le projet grâce aux dons de milliers de personnes. Un problème surgit ? Aussitôt, comme par magie, une bonne volonté se présente avec une solution. Et lorsque, 11 ans plus tard, le navire est enfin terminé, même son convoyage pour le sortir du jardin et le mettre en eau, semble aussi facile que mettre une lettre à la poste : une entreprise allemande prête un gigantesque camion et un ingénieur pour réaliser l’opération, et la gendarmerie escorte le convoi vraiment exceptionnel. Ah, qu’il était beau François Zanella lorsque, juché sur son bateau, il traversait sous les acclamations les villages de Lorraine pour aller au canal!

Autant que le récit de l’aventure extraordinaire d’un homme, ce reportage est aussi une subtile plongée dans la Lorraine des années 1990 et, en filigrane, c’est toute une culture ouvrière, que la crise a aujourd'hui déchirée, qui resurgit. Si François Zanella est si ingénieux c’est, en partie, grâce à tout à ce qu'il a appris à la mine; s’il parvient à s’adjoindre tant de collaborations bénévoles, c’est parce que toute une région se reconnaît dans les valeurs qu’il incarne : le goût de l’effort et de l’opiniâtreté, la solidarité dans et par le travail, l’humilité de ceux qui font avec leurs mains.
Un des moments forts du reportage est d’ailleurs celui où la famille Zanella est invitée par la Royal Carribean sur le vrai paquebot. Visiblement, tout ce luxe ne plaît pas trop à la famille Zanella qui ne se sent pas à sa place (et, quasi-métaphoriquement, a le mal de mer)
Son monde à Monsieur Zanella, c’est de naviguer avec ses petits-enfants et quelques bons copains sur les canaux qui longent les usines du Nord de l’Europe, autour d’un barbecue et de quelques bières. Et comme on l’aime alors.

Ainsi va la télé avec ses ombres et ses lumières. En ce moment, le côté sombre, c’est le dérisoire mercato cathodique et le bal des transferts des animateurs et des journalistes auquel les chaînes se livrent. Côté éblouissement, il y a parfois de petits bijoux comme ce reportage au long cours (11 années !) construit avec finesse et pudeur par Philippe Espinasse. Et on se dit alors que les images de la petite lucarne valent bien les milliers de pages qu’on a pu écrire sur le sens de la vie. Vive la télé !

Le site (quasi-) officiel de François Zanella avec toutes ses astuces (and an English version of the story)
Lire quelques réactions à l'émission sur le forum de Thalassa.
Un roman d'Aurélie Filipetti, Les derniers jours de la classe ouvrière, Stock, 2003. Et une interview de la même dans L'Humanité du 4 décembre 2003 sous le titre Les Mineurs de fer, ces héros.
La photothèque des Charbonnages de France: la solidarité, le courage des mineurs

Photos: France 3

dimanche 22 mai 2005

Géopolitique de l'Eurovision

Dans la série "On fait l'Europe, mais oh que c'est pas facile", les résultats du concours de l'Eurovision, qui vient d'avoir lieu en Ukraine, sont très instructifs.
La Norvège a voté pour le Danemark (et vice-versa), la Grèce pour Chypre (et vice-versa), les Etats baltes ont voté pour les Etats baltes et les pays issus de l'ancienne république de Yougoslavie ont voté pour les pays issus de l'ancienne république de Yougoslavie, etc.
Quant aux pays de la veille Europe, c'est pas fameux. L'Espagne, le Royaume-uni, la France et l'Allemagne terminent aux quatre dernières places.
Sur les 24 chansons présentées, 14 ont été chantées en anglais, 3 dans une langue nationale et en anglais, 7 dans une langue nationale.


"During the country's political changes, Ukrainian artists spontaneously came together to give a performance for the peacefully demonstrating masses that was free of charge but full of hope and joy. Amongst them was Ruslana, the winner of the 2004 Eurovison Song Contest" (Cover and quote and from the CD Songs of the Orange revolution).


Je n'ai pas le temps de pousser plus loin cette étude géopolitique (et, en particulier, de faire l'analyse sémantique des titres des chansons - à mon avis, il y a un grand retour de la chanson politique), mais si le coeur vous en dit, vous pouvez jeter un coup d'oeil au site officiel du Concours de l'Eurovision qui, rappelons-le, est organisé par l'Union européenne de radiodiffusion.

dimanche 8 mai 2005

Les élections sur les télés britanniques: swing, swing, swing !

La manière dont les télés britanniques ont couvert la soirée électorale du 5 mai est assez différente de ce qui se fait en France en pareille occasion.

La soirée électorale ne commence véritablement qu'à 22 heures, avec la fermeture des bureaux de vote, avant laquelle les médias ne peuvent donner aucune indication chiffrée sur l'élection (même pas le niveau de participation). En revanche, elle dure toute la nuit, le dépouillement des bulletins étant plus lent qu'en France.

Traditionnellement, les candidats restent dans leur circonscription jusqu'à la proclamation officielle des résultats - qui s'effectue un peu comme lors d'un combat de boxe: les candidats sont sur un petit podium et un speaker annonce le nombre de voix obtenues, puis chaque candidat fait une courte déclaration. De ce fait, les leaders ne sont pas disponibles pour participer à de grands débats dans les studios des télés comme cela se fait en France.

Pour présenter les résultats, les grandes chaînes britanniques (BBC, ITV et Sky) font appel à une imposante infographie (comprenant parfois des images virtuelles en 3D). La grande affaire des commentateurs, c'est le swing - le % de transfert de voix entre les trois principaux partis - et les circonscriptions dites marginales - celles où l'écart de voix entre les candidats est faible et qui peuvent changer d'élu. Dès les années 1960, les télés britanniques se sont efforcées d'offrir une représentation graphique des effets du swing sur le nombre de sièges perdus ou gagnés par les trois grands partis. A l'époque, il s'agissait souvent d'une aiguille oscillant sur des cadrans indiquant le pourcentage du swing et le nombre de sièges perdus ou gagnés correspondant. Aujourd'hui, l'infographie est numérique et plus sophistiquée, mais le principe reste le même (
voir le "swingometer" de la BBC ici).
Par ailleurs, chaque chaîne montre régulièrement tout au long de la soirée des cartes de la Grande-Bretagne sur lequelles les résultats de chaque circonscription sont indiqués par une couleur (traditionnellement le rouge pour les Travaillistes, le bleu pour les Conservateurs et le jaune pour les Lib-Dem). On trouve également sur les sites Web des médias des cartes interactives très bien faites qui permettent de savoir rapidement qui est élu à tel ou tel endroit, comme par exemple celle du Financial Times (simple mais très parlante et facile à utiliser) ou celle de la BBC (plus élaborée et riche en informations, mais exigeant plus de manipulations).

vendredi 21 janvier 2005

Big Brother on Channel 4


Je rentre un peu tard et, machinalement, je branche la télé. Et que vois-je? Des plans fixes, mal éclairés, sur quelqu'un en train de dormir. Le drap bouge imperceptiblement sous l'effet de la respiration (de l'homme, de la femme?).

Renseignement pris dans le Guardian qui traînait sur le canapé (et qui le même jour organisait
un colloque sur le service public de la télévision), c'est "juste" Big Brother sur Channel 4. Peut-être juste un peu de cette néo-télévision dont parlait Umberto Eco, qui se préoccupe moins du message et de la qualité ses émetteurs - comme le faisait la paléo-télévision - et se focalise sur les gens ordinaires pour intéresser les autres gens ordinaires qui les regardent. (On retrouve ici la tension distance/proximité, ou fenêtre/miroir, ou pareil/autre qui existe dans tout acte de communication, et tout particulièrement dans la communication politique: pour me séduire, les personnalités politiques doivent me ressembler - pour que je puisse m'identifier à elles - mais aussi être au dessus de moi - pour que je puisse les admirer). Cela pourrait bien être même de la post-télévision, notion encore pas stabilisée dans les débats intellectuels, mais que je tends à définir comme de la télévision qui voudrait ne plus être de la télévision et qui s'efforce de gommer les indices de l'action de téléviser. L'idéal de la post-télévision, c'est la caméra fixe qu'on trouve dans les entrées d'imeuble.

En attendant, si vous voulez vous documentez sur la télé-réalité, vous pouvez regarder ce petit dossier, très bien fait,
Télé-poubelle ou télé de l'avenir?, concocté par nos amis de Télé-Québec. Ou encore, lire ce texte de mon vieux copain André Vitalis sur l'exposition de la vie privée dans les médias (document PDF).

L'image du dormeur est toujours là. Fixe, obsédante, dérangeante, fascinante. Est-ce un homme, une femme, un être humain?

Big brother on Channel 4
On my TV screen, a fixed image of someone (man, woman?) who is sleeping. This is Big brother on the British Channel Four. What is the future of television as The Guardian was asking the same day? Neo-television, post-television? How to analyse that some people are willing to expose their privacy in medias (a paper (PDF) in French on this by my friend and colleague André Vitalis).