vendredi 6 avril 2007

Les Guignols influenceront-ils l'élection?

Après l’élection présidentielle de 1995, on a parfois dit que les Guignols de l’info avaient contribué à la victoire de Jacques Chirac en le rendant sympathique. Aujourd’hui, on s’interroge de la même façon : les Guignols vont-ils influencer l’élection présidentielle en rendant Sarkozy antipathique ?

La caricature politique est une forme particulière de commentaire. Elle tire sa force de son accessibilité (un dessin est plus facilement compris qu’un discours), de l’économie de moyens (une marionnette remplace de longues explications), de la simplification de la réalité (la caricature grossit certains aspects des choses et en oblitère délibérément d’autres). En ayant recours à l’humour, la caricature a une double fonction : elle procure du plaisir et met le public en bonne disposition ; elle autorise des propos qui ne seraient pas acceptables autrement.


Qui regarde les Guignols ?

En cette période de campagne électorale, les Guignols sont regardés chaque jour par 2,5 à 3 millions de téléspectateurs (1). On sait que leur public est assez typé : jeune (plus de la moitié des téléspectateurs ont moins de 35 ans), masculin (plus de 2/3 d’hommes), plus diplômé que le reste de la population (40% ont au moins un niveau Bac + 2), sensiblement plus intéressé par la politique que la moyenne des électeurs.
C’est aussi un public plutôt anti-Sarko : 58,5% de ceux qui regardent Canal Plus entre 19h et 20h30 répondent qu'ils sont tout à fait d’accord avec la proposition "Nicolas Sarkozy est inquiétant" (contre 17,5% de ceux qui regardent le 20h de TF1 et 34% de ceux qui regardent le 20h de France 2 (2).
Mais, l’audience des Guignols va sans doute bien au delà des télépectateurs qui sont devant leur écran, car on se raconte souvent entre amis ou collègues les caricatures ou les séquences les plus marquantes de l’émission.

Les Guignols influencent les gens : oui, mais les autres !
En 1995, lors d’une enquête, on avait demandé aux électeurs français s’ils pensaient que les Guignols avaient une influence sur le vote des gens. Réponse : oui à 56% (22% vraiment et 34% un peu). Mais lorsqu’on avait demandé à ces mêmes personnes si les Guignols avaient une influence sur leur propre vote, on n’avait plus que 12% de oui (3).
Ce résultat est consistant avec de nombreuses enquêtes : beaucoup de gens pensent que les médias ont un fort impact sur les autres, mais pas sur eux-mêmes personnellement.

Ce qui ne signifie pas que les Guignols n’ont aucune influence.
Ils sont une des multiples sources d’information qui contribuent à façonner l’image des candidats. Mais pas la seule : le vote est un processus complexe qui résulte à la fois du milieu social auquel on appartient – et parfois de traditions familiales –, des positions des candidats sur certaines questions qui nous tiennent à cœur ou encore de notre appréciation de leur personnalité en fonction de leurs comportement ou déclarations à des moments clefs de la vie politique.

En général, les informations que nous recevons au cours de la campagne n’affectent que modérément nos intentions de vote. Elles jouent surtout sur le choix d’un candidat à l’intérieur d’un camp politique ou sur notre intention de participer ou non au scrutin.
Nos orientations politiques préalables jouent en permanence comme un puissant filtre qui nous conduit à écarter les informations défavorables aux candidats que nous aimons bien ou à davantage retenir celles qui confortent nos convictions. Mais il arrive parfois qu’un événement particulièrement fort survient lors de la campagne électorale qui nous amène à modifier substantiellement nos évaluations des candidats.

Sources:
(1)Médiamétrie, semaine du 26 mars au 1er avril 2007. Le 28 mars, l'audience a été ainsi de 5,2% (1 point = 560 000 téléspectateurs).
(2) Baromètre politique du CEVIPOF, 4 eme vague.
(3) Sondage Louis Harris réalisé le 9 février 1995 auprès d'un échantillon représentatif des personnes âgées de 18 ans et plus.



Plus sur les images des candidats et les effets des médias?

L'ouvrage Comment devient-on président(e) de la république? Les stratégies des candidats (Robert Laffont).
Notamment chapitre 6 qui analyse comment se forment les images des candidats et chapitre 7 qui explique ce que nous savons (et pourqoi nous en savons si peu) sur les effets des médias.


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mercredi 4 avril 2007

Big event ou pas?

Aujourd'hui 4 avril 2007, des rumeurs circulent à Paris sur un événement important concernant Nicolas Sarkozy qui pourrait fortement affecter la campagne du candidat de l'UMP. L'information ne m'intéresse pas en elle-même mais d'abord en tant que rumeur puis en tant que possible événement de campagne:
- Comment va-t-elle se propager? La verra-t-on apparaître sur l'internet avant qu'elle soit (éventuellement) diffusée par les médias traditionnels?
- La dynamique d'une campagne peut-elle être bouleversée par certains événements?
- A quelles informations les électeurs sont-ils les plus sensibles?
Ouvrons l'oeil...

vendredi 30 mars 2007

Les médias et l'élection présidentielle

Le rôle des médias dans l'élection présidentielle 2007: quels effets sur les évaluations politiques des électeurs?

C'est le thème qui sera débattu le 2 avril de 17h à 19h dans le cadre des Lundis du CEVIPOF avec:
- Etienne Moujeotte, vice-président de TF1,
- Denis Muzet, directeur de l'Institut Médiascopie et de l'Observatoire du Débat public,
- Thierry Vedel,
chercheur au CEVIPOF.
Débat animé par Pascal Perrineau, directeur du CEVIPOF.

Cela se passe au CEVIPOF, 98 rue de l'Université, 75007 Paris. (Métro: Solférino). Ouvert au public mais il faut s'inscrire auprès de Marcelle Bourbier.

Illustration: couverture de l'Atlas électoral, qui vote quoi, où, comment..., ouvrage collectif des chercheurs du CEVIPOF.

A venir sur ce blog:
- Les Guignols de l'info feront-ils l'élection?
- Les théories sur le pouvoir des médias: pourquoi nous savons si peu de choses sur l'influence des médias.

Sciences-po: de Shanghai au bordeaux

A suivre: Richard Descoings, le directeur de Sciences-po, et l'auteur de Sciences-po, de la Courneuve à Shanghai (Presses de Sciences-po, 2007), ouvrage dans lequel il retrace l'histoire et les transformations de l'école de la rue Saint-Guillaume et propose des réflexions sur le futur de l'éducation, vient d'ouvrir un blog personnel.

On lira avec intérêt les commentaires sur les premiers billets de RD qui d'emblée se sont portés sur la place particulière de Sciences-po dans le système universitaire, mais aussi sur le devenir des jeunes diplômés de Sciences-po.


A quoi mène Sciences-po? A plein de choses ... y compris l'élevage de vins et d'eau de vie.
Ce samedi 31 mars a lieu le 5eme salon des anciens Sciences-po producteurs de vin (ils seront 23). Dégustation ouverte au public de 10h à 18h 30 au 27 rue Saint-Guillaume, 75007 Paris. Mon préféré : Le Chateau Phélan-Ségur, un élégant Saint-Esthèphe aux notes épicées mêlant cannelle, confit de figue et violette des bois, produit par Laurent Gardinier (promo 1989).

mercredi 28 mars 2007

Où sont donc passées les grandes affiches politiques?

Si vous ne l'avez jamais vue, vous en avez au moins entendu parler. "La force tranquille" est sans doute l'une des plus célèbres affiches politiques françaises et a été déployée sur des milliers de panneaux commerciaux lors de la campagne présidentielle de 1981. Mais depuis la campagne de 1995, les grandes affiches politiques ont quasiment disparu. Voici pourquoi.

Les affiches sont, à côté des meetings, l'un des plus anciens outils de propagande politique. Au 19eme siècle, elles étaient souvent monochromes et surtout composées de textes. L’art de l’affiche politique s’est ensuite sophistiqué - au moins sur le plan technique - à partir de la première guerre mondiale. Les affiches ont davantage fait appel à des dessins et illustrations, se sont appuyées sur des typographies et des couleurs choisies pour frapper l’œil, et ont été organisées autour de slogans (1). Les affiches utilisées lors des campagnes présidentielles sont d’une grande sobriété. Elles font essentiellement apparaître la nom du candidat, sa photo et son slogan et ce contenu est décliné sous trois formes.


Trois types d'affiches lors des campagnes présidentielles

Il y a d’abord les grandes affiches destinées aux panneaux commerciaux (généralement 3X4 mètres). Constituant de la publicité politique, cet affichage commercial n’est autorisé que durant une partie de la campagne. Le code électoral (article 52-1) interdit en effet la publicité politique sur toute forme de support durant les trois mois précédents précédant le 1er du mois du scrutin (concrètement depuis le 1er janvier 2007 pour l'élection en cours). Ne pouvant plus y recourir dans les derniers semaines de la campagne, quand ils pensent que ce serait le plus efficace, beaucoup de candidats préfèrent s’abstenir (d'autant plus que la règlementation sur le financement des campagnes, en instaurant puis abaissant des plafonds de dépenses, a obligé les candidats à diminuer leurs dépenses à partir de 1988). Seule Arlette Laguiller s'est offert en décembre 2006 une campagne d'affichage commercial, comme elle l'avait d'ailleurs fait en en 1995 et 2002, sur 15 000 emplacements pour un montant estimé d'1 million d'euros (soit presque le tiers de son budget total de campagne).














Durant la campagne électorale officielle (quinze jours avant le scrutin), les candidats ont également la possibilité d’apposer deux affiches sur les panneaux officiels situés devant chaque bureau de vote. L’une, au format 841 X 594 millimètres, est destinée à faire connaître leur programme ; l’autre, au format 297 X 420 millimètres, à annoncer leurs réunions publiques. L'impression et les frais d'apposition de ces affiches dites officielles sont remboursés par l’Etat, à condition qu'elles soient de qualité écologique (2).


Tenir les murs

Il y a enfin l’affichage dit sauvage, hors les panneaux commerciaux ou officiels. Celui-ci est en principe interdit durant les trois derniers mois de la campagne, mais il persiste néanmoins. L’impact de cet affichage sauvage, effectué en général par des militants bénévoles soutenant les candidats, est très incertain. Les affiches apposées de cette façon ont une durée de vie très courte, car elles sont fréquemment recouvertes ou arrachées par les adversaires. Celles qui subsistent sont parfois détournées par des inscriptions ou des papillons ajoutés qui modifient le sens du slogan. Ainsi, en 1981, l’affiche de VGE « Il faut un Président à la France » a inspiré nombre de plaisantins ou d’opposants, le détournement le plus simple consistant à ajouter une bulle faisant dire « Mitterrand » au Président sortant. Enfin, l’influence des affiches sur les électeurs n’a jamais été démontrée.
Comment alors expliquer la persistance de l’affiche sauvage ? Celui-ci constitue sans doute un rite politique qui remplit des fonctions symboliques et socio-psychologiques. « Tenir les murs d’un quartier », suivant la formule utilisée par les afficheurs politiques, c’est marquer son territoire et ses zones d'influence et indiquer à ses adversaires sa puissance militante. L’affichage sauvage constitue également une sorte d’épreuve d’initiation à laquelle on confronte les nouveaux adhérents d’un parti pour tester leur engagement et leur détermination. Il contribue enfin à renforcer la cohésion et la solidarité des équipes militantes sur le terrain.

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(1) Quatre codes définissent au total une affiche : le code chromatique (couleurs) ; le code typographique (caractères du texte) ; le code photographique (adrage de la photo) ; le code morphologique (mise en page globale). Voir : Gourevitch J.-P., L'image en politique. De Luther à Internet et de l'affiche au clip. Paris: Hachette, 1998.
(2) Arrêté du 2 mars 2007. L'impression des grandes affiches officielles est remboursée pour un montant maximal de 0,18 euro par unité et leurs frais d'apposition pour 2,20 euros par unité.

A signaler:
- "Je m' voyais déjà". L’image du candidat à l’élection présidentielle, 1848–2007. Une exposition qui présente des affiches politiques et montre notamment les figures des candidats qu'elles offrent: "le tribun, le père, le chef, le professeur, l’ami(e) et la star". Au Passage de Retz, du 22 mars au 13 mai 2007.
(Le commissaire de cette exposition est Laurent Gervereau à qui l'on doit de nombreux ouvrages sur les affiches politiques, notamment le très beau Terroriser, manipuler, convaincre! Paris: Somogy, 1996).

- Une très intéressante (et engagée) analyse rétrospective d'affiches politiques sur le blog ulfablabla ( à qui j'emprunte l'affiche de Bové détournant malicieusement celle de Le Pen - et qui, semble-t-il, n'est pas une affiche officielle de Bové).


Ce texte est un extrait de Comment devient-on président(e) de la république? Les stratégies des candidats (Robert Laffont).
Vous trouverez d'autres éléments sur les moyens de communication utilisés par les candidats pour diffuser leur message dans le chapitre 5 de cet ouvrage.

lundi 26 mars 2007

Comment trouver le programme de Nicolas Sarkozy?

NB: Ce billet a été publié le 26 mars. Depuis le 30 mars, le programme de Nicolas Sarkozy, organisé en 15 grandes propositions (de "Mettre fin à l'impuissance publique" à "Fiers d'être Français") est apparu sur son site web. Il est téléchargeable en format PDF ICI.

Sur internet, on trouve tout ... ou presque.

Que se passe-t-il, par exemple, lorsqu'on cherche le programme des quatre candidats actuellement en tête dans les sondages sur leurs sites respectifs?

Sur le site de Ségolène Royal, on trouve aisément les 100 propositions du pacte présidentiel de la candidate, regroupées en 9 ensembles thématiques (de la confiance retrouvée à une république nouvelle). Les propositions sont disponibles en ligne ou en téléchargement en format PDF et toutes présentées selon le même schéma: remontée des débats, enjeux (en une ou deux phrases) et les propositions proprement dites, numérotées de 1 à 100.

Sur le site de François Bayrou, en cliquant sur la bandeau de la première page, on accède à plus d'une centaine de mots-clefs, qui permettent d'accéder aux propositions correspondantes du candidat. Dans la plupart des cas, il s'agit d'extraits de discours (et on peut parfois visionner la vidéo correspondante). Apparemment cette liste de mots-clefs évolue encore (les dernières propositions ajoutées étant soulignées). A noter: la possibilité de commenter chaque proposition (la plus commentée étant le mot-clef Ecole avec 469 commentaires au 26 mars 18h, suivi par le mot-clef Homoparentalité avec 376 commentaires, Le Liban n'obtenant lui que 5 commentaires).

Sur le site de Jean-Marie Le Pen, la page d'accueil propose d'emblée une liste de 13 discours programmatiques. Le bandeau supérieur fournit en outre un lien vers Le programme qui se présente sous la forme de 25 imagettes thématiques (dont l'ordre est très intéressant puisque cela commence par Immigration, Sécurité et justice, Sécurité sociale, Santé, Famille et enfance). Chaque imagette ouvre sur un long texte toujours organisé en deux parties: le constat; les mesures. On notera que le coût de celles-ci est systématiquement mentionné.


Nicolas Sarkozy n'aurait-il pas de programme?

Sur le site de Nicolas Sarkozy, la recherche du programme du candidat est, de prime abord, plus décevante. Le bandeau supérieur du site comporte bien une rubrique "Ce que je vous propose". Celle-ci ouvre sur un série de 9 engagements formulés sous la forme "Je veux être le Président... (du pouvoir d'achat, de la valeur travail, etc.). On peut alors télécharger une double page PDF qui, après une phrase rappelant l'orientation du candidat, propose pour l'essentiel de nombreux, mais bien courts, extraits de discours du candidat (certains remontant à 2004).
Il s'agit plus de grands principes que de propositions ou de mesures telles que celles présentées par les trois autres candidats. Nicolas Sarkozy n'aurait-il pas de programme?

En fait, les choses sont un peu plus compliquées. Il y a bien un programme, mais on trouve celui-ci non pas sur le site de Nicolas Sarkozy mais sur le site de l'UMP. Et pour y arriver, il faut un peu fureter: d'abord cliquer dans la colonne de droite sur le lien "Législatives 2007. Le projet, les candidats"; puis, dans la page qui s'ouvre, cliquer sur le lien "Le projet" dans le bandeau supérieur. On peut alors télécharger un document PDF (ou en format e-book) présentant en 70 pages "Le contrat de législature de l'UMP pour 2007-2012". Un chiffrage du projet en deux pages est également proposé.

Ce surf peut apparaître déroutant à ceux qui, ayant aisément accédé aux programmes des autres candidats, voudraient faire de même pour Nicolas Sarkozy. Mais, au fond, ne reflète-t-il pas la conception gaulliste de la fonction présidentielle: le Président est celui qui indique les grandes orientations, à charge pour les partis de mettre en oeuvre les mesures nécessaires? On attendait Nicolas Sarkozy comme un Président capitaine. Peut-être sera-t-il finalement un Président arbitre...

Addendum du 28 mars: Plusieurs lecteurs font remarquer, à juste titre, qu'il existe un Abécédaire des propositions de Nicolas Sarkozy, qu'on peut consulter soit de A à Z, soit au hasard. La présentation des propositions se rapproche ici de celle de François Bayrou et ouvre sur des extraits de discours ou d'interviews. Mais la bizarrerie subsiste: pourquoi mettre les propositions de Nicolas Sarkozy seulement sur le site de l'UMP et non sur le site du candidat?


PS: Quant à ceux qui ne veulent pas se fatiguer à naviguer entre plusieurs sites, ils trouveront sur l'internet plusieurs comparateurs de programmes, comme celui proposé par Votons.info, à la fois simple, pratique et très bien documenté.
Ou encore
celui du journal Le Monde, plus sophistiqué dans la forme, mais qui ne permet de comparer que deux candidats (et non plusieurs comme Votons.info).
Et ceux qui sont très pressés, et d'humeur blagueuse, peuvent aller sur comparer.com qui compare les candidats sur un mode express et binaire (pour ou contre) en fonction de leurs positions sur quelques questions plus ou moins essentielles (de l'autorisation de fumer dans les lieux publics à la discrimination positive ou la peine de mort en passant par la légalisation des drogues douces).

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Les stratégies de campagne décryptées (publicité)


Le mercredi 28 mars de 8h30 à 10h: Débat autour du livre Comment devient-on président(e) de la République, en présence de l'auteur et avec:

- Jacques Gerstlé (Université de Paris 1),
- Patrick Jarreau (Le Monde)
- Philippe Lapousterle (conseiller communication de François Bayrou).

Cela se passe au CEVIPOF, 98 rue de l'Université, 75007 Paris.
Métro : Solférino
(Invitation ICI)

Au plaisir de vous rencontrer à cette occasion.

dimanche 25 mars 2007

A quoi servent les meetings?


Les réunions publiques, de la rencontre entre un candidat et quelques dizaines d’électeurs dans les préaux d’école aux grands meetings rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes en passant par les banquets républicains ou les prises de parole devant un groupe de travailleurs, font partie du répertoire de la communication politique depuis plus d’un siècle et demi.

Toute campagne présidentielle comprend de nombreuses réunions publiques et tous les candidats consacrent des budgets parfois substantiels à cette forme de communication. Lors de la campagne présidentielle de 2002, les réunions publiques ont représenté en moyenne 28% des dépenses des candidats, et parfois bien davantage (40 % ou plus pour Arlette Laguiller, ce qui surprend peu, mais aussi Jacques Chirac et Christine Taubira) (1). Certains candidats, notamment les petits, participent à plusieurs dizaines de meetings dans les deux derniers mois de la campagne.


L’évolution des meetings lors des présidentielles

Depuis une quarantaine d’années, on peut noter deux tendances dans la forme des réunions publiques organisées lors des présidentielles.
Jusqu’à la fin des années 1980, les grands candidats ont privilégié les très grands meetings rassemblant jusqu’à 40 ou 50 000 personnes (notamment dans des stades). En 1974 et 1981, une véritable compétition, suivie de semaine en semaine par les médias, s’était même instaurée entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, le nombre de participants étant vu comme un indicateur de la popularité de chaque candidat.
Depuis 1988, les candidats tendent à organiser des réunions de taille plus réduite. Plutôt que le nombre de personnes assistant à la réunion, ils s’efforcent de mettre en valeur le thème de leur intervention, chaque réunion permettant de décliner, en fonction de la ville ou de la région où elle a lieu ou bien en fonction de la composition de l’auditoire, un aspect particulier du programme du candidat (2). La législation sur le financement des campagnes est également un facteur qui a conduit certains candidats à réduire le nombre de leurs meetings. Les candidats ont enfin le souci de recourir à des modes de communication plus modestes, qui symbolisent leur proximité avec les électeurs. En 1995, Jacques Chirac avait ainsi commencé sa campagne par de petites réunions lui permettant de dialoguer avec la société civile. De la même façon, les toutes premières réunions publiques de Ségolène Royal ont été conçues pour souligner combien elle était au cœur des préoccupations des gens : la candidate socialiste est ainsi intervenue non pas depuis une tribune, mais debout au milieu d’auditeurs assis en cercle autour d’elle.

Deuxième grande évolution : les réunions électorales présidentielles sont aujourd’hui davantage organisées pour donner lieu à des images pour les journaux télévisés qu’à l’intention des personnes qui sont présentes sur place. L’entrée des candidats est calée sur les horaires des journaux télévisés. Les décors, les éclairages et les tribunes sont conçus pour bien passer à l’écran. De jeunes militants sont placés aux premiers rangs pour souligner le soutien dont bénéficie le candidat. On donne aux participants des pancartes, des banderoles, des drapeaux qui amplifient la masse de la foule et témoignent de son enthousiasme. Dans certains cas, les images mêmes du meeting sont produites par l'équipe du candidat et fournies aux chaînes de télévision qui n'ont pas l'autorisation de capter leurs propres images.


Une spectacularisation de la politique ?

Cette construction des réunions publiques comme objet télévisuel ne témoigne pas forcément d’une plus grande spectacularisation de la vie politique… car les réunions politiques en public ont toujours comporté une dimension spectaculaire.
Lors des campagnes législatives de la fin du 19eme siècle, les réunions étaient contradictoires et, à la manière d’un match politique, opposaient plusieurs candidats lors de joutes oratoires (3) . Les banquets républicains du début du 20eme siècle, chers aux Radicaux, étaient de grands moments de réjouissance où l’on chantait et se racontait des blagues. Les meetings du Front populaire étaient des spectacles au sens propre du terme. Des chanteurs, chorales ou musiciens y participaient ; on demandait à des artistes plasticiens de concevoir les décors et on scénarisait leur déroulement. Ce qui a changé avec le développement de la télévision, c’est que le spectacle qu’ont toujours été les réunions politiques est désormais conçu pour un public qui n’est pas là, et non plus pour le public présent physiquement qui, lui, est devenu une des composantes du spectacle, acteur et non plus spectateur.

Les meetings sont-ils utiles ?


On peut se demander pourquoi les candidats, alors qu’ils peuvent toucher gratuitement des millions de personnes via les médias, persistent à utiliser cette forme de communication – coûteuse, lourde à organiser, et n’intéressant qu’une infime partie des électeurs (les enquêtes montrent que moins de 10% des électeurs assistent à un meeting durant la campagne). On peut trouver de multiples raisons à cela.
Les réunions publiques sont des sortes de grandes fêtes qui renforcent la cohésion des équipes de campagne et stimulent l’engagement des militants ou des sympathisants (qui constituent l’essentiel du public). Autre raison : les réunions publiques fournissent de belles images, celles d’un démocratie vivante. Elles symbolisent la communion du candidat avec le peuple. Loin de la communication froide des studios de radio ou de télévision, les réunions donnent de la chair et de la vie à la communication des candidats, la rendent plus attrayante et en démultiplient les effets. Dès lors, les sommes parfois importantes qui sont consacrées aux réunions publiques peuvent s’assimiler à un investissement publicitaire. Leur coût ( qui peut atteindre les 500 000 euros pour un meeting rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes) doit être rapporté non au nombre de personnes présentes sur place mais aux retombées médiatiques qu’elles génèrent. Enfin, les candidats tiennent des réunions publiques tout simplement parce qu’ils aiment cela. Parler devant une vaste audience est une expérience exaltante, de l’avis de tous ceux qui l’ont vécue. Les candidats sont souvent transcendés, et leur discours gagne en force. François Mitterrand prenait une autre dimension lorsqu’il parlait devant une large assemblée. Et même les candidats qui ne sont pas forcément de très grands orateurs en public ne résistent pas à ces moments délicieux qui leur donnent le sentiment d’être portés par la foule et d’être entendus.



Ce texte est un extrait de Comment devient-on président(e) de la république? Les stratégies des candidats (Robert Laffont).
Vous trouverez d'autres éléments sur les moyens de communication utilisés par les candidats pour diffuser leur message dans le chapitre 5 de cet ouvrage.

Légendes et crédits photo:
- Meeting de F. Bayrou à Annecy le 8 mars 2007 (depuis le site du candidat)
- Banquet républicain sous la révolution (depuis le site du Sénat).
- Meeting de MG. Buffet au Zenith à Paris le 23 janvier 2007 (photo Julien
Foucher).
________________________
(1) Source : Comptes de campagne publiés par le Conseil constitutionnel.
(2) Cette planification thématique des réunions publiques a été cependant pratiquée dès 1965, tout particulièrement par Jean Lecanuet.
(3) Voir M. Offerlé, Un homme, une voix? Histoire du suffrage universel. Paris: Gallimard, 2002. Michel Offerlé décrit la réunion électorale comme une forme de loisir de quartier où l’on vient parfois en famille (p. 89-91).

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vendredi 23 mars 2007

Machines à (bien) voter

Après les Etats-Unis, les opposants à l'utilisation des machines à voter se mobilisent en France.
Je reviendrai plus longuement sur le débat dans un prochain billet.
En attendant, essayez donc ces deux machines à voter.

La version américaine:






Voting Machine Bush vs Kerry - Ma-Tvideo France2
Voting Machine Bush vs Kerry - Ma-Tvideo France2



La version française, (en document powerpoint) plus rustique mais tout aussi efficace:

MACHINE A VOTER EXPERIMENTALE

jeudi 22 mars 2007

Les internautes et la politique à l'heure de la présidentielle

Le CEVIPOF vient de terminer une étude sur Les internautes et la politique dans le contexte de l'élection présidentielle.
Réalisée par sondage en ligne du 16 au 29 janvier 2007 auprès d'un échantillon de 1000 internautes représentatif de la population française internaute âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, PCS, région*agglo), cette étude fait le point sur le profil sociologique des internautes, leurs pratiques d'information, leur implication politique ainsi que leurs intérêts et préférences à l'égard de la présidentielle. Elle apporte tout particulièrement d'intéressants éléments sur l'audience des sites politiques.

L'audience des sites politiques

La fréquence de visite des sites politiques


Souvent De temps en temps Rarement Jamais
- Le site de votre région, de votre département ou de votre commune 11,5 41.5 26.5 19.5
- Des sites de médias traditionnels (lemonde.fr, tf1.fr…) 16 38.5 23.5 22
- Des portails web d’information (yahoo, googlenews) 29 29 16.5 24.5
- Le site du gouvernement ou tout autre site d’un ministère 5 30 20.5 43.5
- Le site d’une association de défense des consommateurs, de défense de l’environnement, des droits de l’homme… 4 22 25 49
- Le site d’une association caritative (Secours populaire, Médecins du monde, Croix rouge…) 3 15 30 52
- Pacte-ecologique-2007, le site de Nicolas Hulot 2 9.5 13.5 74.5
- Le site de l’Assemblée national ou du Sénat 1 7.5 11.5 80
- Des sites de blogeurs traitant de politique et d’actualité (loiclemeur, versac, etienne.chouard, etc...) 1,5 5 12 81.5
- Le site de l’UMP, un autre site ou blog soutenant la candidature de N. Sarkozy 3,5 6.5 8.5 81.5
- Des sites citoyens (agoravox, sitoyen, acrimed…) 1,5 4 11.5 82
- Le site du PS, desirsdavenir, un autre site ou blog soutenant la candidature de S. Royal 2,5 6 7.5 84
- Le site du Président de la République 0.5 3.5 8.5 87.5
Ce tableau se lit de la façon suivante (exemple): 11,% des internautes visitent souvent le site de leur région, département ou commune.

Proportion de visiteurs de différents sites partisans selon l’orientation politique

% de visite au moins une fois PS /
Segosphère
UMP /
Sarkosphère
Nicolas
Hulot
Blogs politiques
- Gauche 23 12 24 26
- Ninistes 9 12 27 12
- dont ninistes intéressés par la politique 19 25 34 23
- Centre 21 23 29 17
- Droite 16 36 22 21
- Ensemble 16 19 25 19
Ce tableau se lit de la façon suivante (exemple): parmi les internautes se déclarant de gauche, 23% ont été au moins une fois (même si ce n'est qu'une fois) sur un site du PS ou de soutien à Ségolène Royal.

Les ninistes sont ceux qui ne se déclarent ni de gauche ni de droite (à ne pas confondre avec ceux qui se déclarenet proches du centre!).


Un résumé de l'étude sur le site de TNS-SOFRES PAR ICI

L'ensemble des résultats chiffrés de l'étude en format PDF PAR LA

mardi 20 mars 2007

Un facteur en campagne

Dans la série "ça aussi, c'est de la politique (mais on n'en parle pas forcément sur le web)", cette histoire édifiante du facteur du bureau de poste de Royère-de-Vassivière (Creuse) rapportée par le site Millebabords.

Ce facteur avait l'habitude de rendre de menus services aux personnes isolées auxquelles il distribue leur courrier. Aux uns, il apportait le journal du jour, aux autres un paquet de tabac ou des médicaments de la pharmacie. Conception humaine et généreuse du service public, pourrait-on penser.

Sauf que cette pratique est strictement proscrite par le réglement de la Poste qui interdit à ses préposés d'acheminer des objets non postaux. Du coup, il semblerait que le facteur de Royère risque la commission de discipline.



Le lien vers le site Millebabord fonctionne mal, mais vous pouvez obtenir l'article en demandant la page en cache sur Google.